Nutrition
Le zinc raccourcit-il le rhume ?
En conclusion
Peut-être un peu, mais les preuves sont faibles. Selon une revue Cochrane de 2024, le zinc pris pendant un rhume pourrait le raccourcir d'environ deux jours, avec des résultats très variables d'un essai à l'autre ; il ne semble guère éviter les rhumes et, pendant un rhume, donne probablement plus souvent des effets indésirables bénins, comme un mauvais goût. Des analyses limitées aux pastilles chez l'adulte, menées par une même équipe, jugent cet effet bien établi.
Information, pas un avis médical : la rédaction ne compte aucun professionnel de santé. En savoir plus
Ce qu’on entend
Pris dès les premiers symptômes, le zinc raccourcirait le rhume ; pris régulièrement, il permettrait même de l'éviter.
Une idée courante : les compléments de zinc sont souvent recommandés et pris dans ce but.
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : pris pendant un rhume, le zinc pourrait en raccourcir la durée d'environ deux jours, selon une revue Cochrane de 2024, avec une certitude faible[1].
- Une méta-analyse de sept essais de pastilles à sucer à plus de 75 mg de zinc par jour trouve des rhumes plus courts d'un tiers en moyenne, avec des résultats variables d'un essai à l'autre (l'un d'eux sans effet[2]) ; ces analyses viennent d'une même équipe, qui reproche à la revue Cochrane d'avoir mêlé des formes et des doses de zinc très différentes[3].
- Pour éviter les rhumes, le zinc pourrait n'avoir que peu ou pas d'effet, avec une certitude faible. Dans l'ensemble de la revue, les essais étaient très variés, souvent à risque de biais, et la plupart financés par une organisation liée à l'industrie ou sans financement déclaré[1].
- Pendant un rhume, le zinc donne probablement plus souvent des effets indésirables bénins, surtout des troubles du goût et des maux d'estomac[1].
Solidité des preuves, effet par effet
Zinc pendant un rhume et durée du rhume
Solidité des preuves : Zinc pendant un rhume et durée du rhume : FaibleRevue Cochrane : durée réduite d'environ deux jours, certitude faible, résultats très hétérogènes et essais souvent à risque de biais.[1]
Pastilles de zinc à sucer et durée du rhume
Solidité des preuves : Pastilles de zinc à sucer et durée du rhume : FaibleSept petits essais aux résultats hétérogènes (l'un sans effet) : rhumes plus courts d'un tiers en moyenne ; analyses de la même équipe ; revue Cochrane qui, toutes formes confondues, juge la certitude faible.[1][2][3]
Zinc pour éviter les rhumes
Solidité des preuves : Zinc pour éviter les rhumes : FaibleRevue Cochrane : peut-être peu ou pas de baisse du risque de rhume, certitude faible.[1]
Effets indésirables bénins pendant un rhume (goût, estomac)
Solidité des preuves : Effets indésirables bénins pendant un rhume (goût, estomac) : ModéréeRevue Cochrane de 16 essais : effets indésirables non graves probablement plus fréquents avec le zinc pendant un rhume, certitude modérée.[1]
Zinc dans le nez et perte de l'odorat
Solidité des preuves : Zinc dans le nez et perte de l'odorat : Très faibleSignalements hors des essais : pertes de l'odorat parfois durables ou définitives, mise en garde de la FDA en 2009 ; aucun cas dans les essais, information jugée incertaine.[1][4]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Ce que dit la revue Cochrane
Le rhume est une infection virale qui guérit d'elle-même. En 2024, une revue Cochrane a réuni 34 essais tirés au sort contre placebo, soit 8 526 enfants et adultes : 15 testaient le zinc pour éviter les rhumes, 19 pour les traiter. Le zinc y était donné en pastilles à sucer dans la moitié des essais, sinon en comprimés, en gélules, en sirop, en poudre ou par le nez. Pour éviter les rhumes, il pourrait n'avoir que peu ou pas d'effet (certitude faible) ; quand un rhume survenait malgré tout, sa durée n'était probablement pas réduite. Pris pendant un rhume, il pourrait en réduire la durée de 2,37 jours en moyenne (8 essais, 972 participants), mais avec une large marge d'incertitude (de 0,5 à 4,2 jours environ), des résultats très variables d'un essai à l'autre et une certitude faible. Dans ce cas, le zinc donnait aussi probablement plus souvent des effets indésirables non graves, surtout des troubles du goût et des maux d'estomac (certitude modérée[1]) ; en prévention, la différence est incertaine.
La plupart des essais présentaient un risque de biais incertain ou élevé dans au moins un domaine, et la plupart étaient financés par une organisation liée à l'industrie ou ne déclaraient pas leur financement. Les auteurs appellent à la prudence : les traitements testés et les façons de mesurer le rhume variaient beaucoup, et plusieurs éléments étaient incomplètement rapportés. Les essais par voie nasale de la revue n'ont rapporté aucune perte de l'odorat, mais les auteurs jugent cette information incertaine[1]. Cela ne veut pas dire que cette voie est sans risque : selon le NCCIH, institut public américain, le zinc mis dans le nez peut faire perdre l'odorat, parfois de façon durable ou définitive, et la FDA a demandé en 2009 de cesser d'utiliser plusieurs de ces produits[4].
Les pastilles à sucer
Harri Hemilä, chercheur à l'université d'Helsinki, a publié plusieurs méta-analyses sur les pastilles de zinc. En 2017, il a réuni sept essais menés par six équipes, soit 575 personnes enrhumées, avec des pastilles de plus de 75 mg de zinc par jour : les rhumes étaient plus courts de 33 % en moyenne. Les résultats variaient d'un essai à l'autre, et l'un d'eux ne trouvait aucun effet ; l'auteur avait écarté un huitième essai, négatif, à cause de la composition de ses pastilles. L'acétate et le gluconate de zinc ne différaient pas de façon significative, et aucun bénéfice supplémentaire n'a été mis en évidence au-delà de 100 mg par jour (comparaison indirecte). Selon lui, la plupart des pastilles vendues semblent trop peu dosées ou contiennent des substances qui fixent le zinc : ses résultats ne s'y appliquent donc pas directement[2]. Ces doses ont été testées pendant un rhume, dans des essais ; elles ne valent pas conseil de prise. Selon le NCCIH, prendre longtemps de fortes doses de zinc peut faire baisser le taux de cuivre et l'immunité, et abaisser le « bon » cholestérol[4].
En 2024, avec Elizabeth Chalker, de l'Université nationale australienne, il reproche à la revue Cochrane d'avoir réuni des formes et des doses de zinc très différentes, et d'y avoir mêlé un essai chez l'enfant aux essais chez l'adulte. En se limitant aux pastilles chez l'adulte, en ajoutant un essai que la revue avait écarté de ce calcul et en exprimant l'effet en pourcentage, ils calculent une durée des rhumes réduite de 37 %. Selon eux, rien ne montre encore que les pastilles raccourcissent les rhumes chez l'enfant[3]. Ces deux articles ne déclarent ni financement ni lien d'intérêts.
Ces deux lectures partent en partie des mêmes essais, souvent petits, et les analyses favorables aux pastilles viennent d'une même équipe. La revue Cochrane trouve peu ou pas d'effet du zinc pour éviter les rhumes ; les analyses de Harri Hemilä portent seulement sur le traitement d'un rhume déclaré. Les deux lectures divergent sur la solidité de l'effet une fois le rhume déclaré.
Ce site ne remplace pas un avis médical : en cas de doute sur un rhume qui dure ou sur la prise de compléments, demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien.
Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Le zinc permet-il d'éviter les rhumes ?
Pas clairement, d'après la revue Cochrane de 2024 : dans neuf essais de prévention, le risque d'attraper un rhume n'était que peu ou pas réduit, avec une certitude faible[1].
Le zinc a-t-il des effets indésirables ?
Pendant un rhume, le zinc donne probablement plus souvent des effets indésirables non graves que le placebo, surtout des troubles du goût et des maux d'estomac ; aucun essai de traitement ne renseignait les effets graves[1]. Selon le NCCIH, le zinc mis dans le nez peut faire perdre l'odorat, parfois définitivement, et de fortes doses prises longtemps peuvent faire baisser le taux de cuivre[4].
Toutes les formes de zinc se valent-elles ?
Les essais ont testé des pastilles à sucer, des comprimés, des gélules, des sirops, des poudres et du zinc par voie nasale, à des doses très variables[1]. Les analyses favorables, menées par une même équipe, portent sur les pastilles à sucer de plus de 75 mg de zinc par jour, chez l'adulte[3] ; selon Harri Hemilä, la plupart des pastilles vendues sont trop peu dosées ou contiennent des substances qui fixent le zinc[2].
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Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Nault D., Machingo T.A., Shipper A.G. et al. Zinc for prevention and treatment of the common cold. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2024.
Revue systématique · chez l'humain · n = 8 526 · accès libre
DOI 10.1002/14651858.CD014914.pub2 (site externe, nouvel onglet)PubMed 38719213 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
34 essais tirés au sort contre placebo (15 de prévention, 19 de traitement), 8 526 participants, 22 chez l'adulte et 12 chez l'enfant ; zinc en pastilles à sucer dans 17 essais (acétate, gluconate, orotate), en comprimés, gélules, poudres, sirops ou par voie nasale dans les autres. La plupart des essais à risque de biais incertain ou élevé dans au moins un domaine. Prévention : peu ou pas de baisse du risque de rhume (risque relatif 0,93 ; IC 95 % 0,85 à 1,01 ; 9 essais, 1 449 participants ; certitude faible) ; quand un rhume survient, durée probablement pas réduite (−0,63 jour ; IC 95 % −1,29 à 0,04 ; 3 essais, 740 participants ; certitude modérée) ; effets indésirables incertains (risque relatif 1,11 ; IC 0,84 à 1,47 ; certitude très faible). Traitement : durée peut-être réduite (−2,37 jours ; IC 95 % −4,21 à −0,53 ; I² 97 % ; 8 essais, 972 participants ; certitude faible) ; effet incertain sur la proportion de rhumes encore en cours et sur la gravité des symptômes. Effets indésirables non graves probablement plus fréquents pendant le traitement d'un rhume (risque relatif 1,34 ; IC 1,15 à 1,55 ; 16 essais, 2 084 participants ; certitude modérée) : troubles du goût et maux d'estomac les plus fréquents. Pas de cas de perte de l'odorat rapporté dans les essais par voie nasale, information jugée incertaine. Le rhume est décrit comme une infection virale qui guérit d'elle-même. Résumé et résumé simplifié lus.
- 2
Hemilä H. Zinc lozenges and the common cold : a meta-analysis comparing zinc acetate and zinc gluconate, and the role of zinc dosage. JRSM Open, 2017.
Méta-analyse · chez l'humain · n = 575 · accès libre
DOI 10.1177/2054270417694291 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28515951 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Sept essais tirés au sort contre placebo, menés par six équipes, 575 participants enrhumés, pastilles de zinc à plus de 75 mg par jour. Durée du rhume plus courte de 33 % (IC 95 % 21 à 45 %), estimation regroupée ; forte hétérogénéité (I² 77 %) due à un essai qui ne trouve aucun effet (Turner) ; sans lui, 40 %. Un huitième essai, négatif (Smith 1989), écarté par l'auteur à cause de la composition de ses pastilles (mannitol et sorbitol, qui fixeraient le zinc) ; 40 % avec l'acétate (3 essais), 28 % avec le gluconate (4 essais), différence non significative ; pas de gain au-delà de 100 mg par jour (80 à 92 mg : 33 % ; 192 à 207 mg : 35 %). Selon l'auteur, aucun des trois essais à forte dose d'acétate ne rapportait de problème de goût, et la plupart des pastilles du commerce semblent trop peu dosées ou contiennent des substances qui fixent le zinc, si bien que ses résultats ne s'y appliquent pas directement. Résumé et texte intégral lus.
- 3
Hemilä H., Chalker E. Shortcomings in the Cochrane review on zinc for the common cold (2024). Frontiers in Medicine, 2024.
Avis d'expert · chez l'humain · accès libre
DOI 10.3389/fmed.2024.1470004 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39478818 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Article d'opinion de Harri Hemilä (université d'Helsinki) et Elizabeth Chalker (Université nationale australienne), auteurs de méta-analyses favorables aux pastilles de zinc. Ils reprochent à la revue Cochrane de 2024 de réunir des formes et des doses de zinc très différentes, d'y mêler un essai chez l'enfant aux essais chez l'adulte et d'exprimer l'effet en jours plutôt qu'en pourcentage. En se limitant aux pastilles chez l'adulte, en ajoutant un essai que la revue avait écarté de ce calcul (Mossad 1996) et en passant à l'échelle relative, ils calculent une durée des rhumes réduite de 37 % (IC 95 % 27 à 46 %) ; selon eux, rien ne montre encore d'effet des pastilles chez l'enfant. Texte intégral lu.
- 4
National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH, États-Unis). Colds, Flu, and Complementary Health Approaches : Usefulness and Safety. NCCIH, institut public des National Institutes of Health, page mise à jour en novembre 2016, 2016.
Rapport institutionnel · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Page d'information de l'institut américain des médecines complémentaires sur le rhume et la grippe. Zinc : « Long-term use of high doses of zinc can cause low copper levels, reduced immunity, and low levels of HDL cholesterol ». Zinc dans le nez (gels, bâtonnets) : « may cause loss of the sense of smell, which may be long-lasting or permanent » ; en 2009, la FDA a demandé aux consommateurs de cesser d'utiliser plusieurs produits de zinc nasal vendus contre le rhume ; selon l'institut, le risque d'un effet indésirable grave et durable l'emporte sur tout bénéfice possible pour une maladie bénigne. Page lue.
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