Nutrition
Le soja est-il mauvais pour les hormones ?
En conclusion
Pas pour la testostérone ni le cancer du sein, d'après les études chez l'humain. Chez l'homme, une méta-analyse de 41 études, financée par l'industrie du soja, ne trouve pas d'effet significatif sur la testostérone. La TSH augmente un peu, surtout quand la thyroïde est déjà fragile, et une consommation modérée de soja n'est pas associée à plus de cancers du sein. L'Anses estime toutefois qu'une grande partie des consommateurs de soja dépassent sa valeur de référence pour les isoflavones.
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Ce qu’on entend
Le soja, riche en phyto-œstrogènes, perturberait les hormones : il ferait baisser la testostérone des hommes, dérèglerait la thyroïde et favoriserait le cancer du sein.
Une inquiétude répandue, nourrie notamment par quelques études et des cas isolés décrivant des effets féminisants chez des hommes.
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : les isoflavones du soja ont une structure proche de celle des œstrogènes ; chez les femmes non ménopausées, une méta-analyse d'essais trouve une baisse d'environ 20 % de deux hormones du cycle, la FSH et la LH, un résultat que ses auteurs jugent provisoire[1].
- Chez l'homme, une méta-analyse de 41 études ne trouve aucun effet significatif du soja ni des isoflavones sur la testostérone ni sur les œstrogènes, quelles que soient la dose et la durée ; elle a été financée par l'interprofession américaine du soja[2].
- Pour la thyroïde, une méta-analyse de 18 essais ne trouve pas de changement significatif des hormones thyroïdiennes, mais une légère hausse de la TSH, plus nette chez les personnes dont la thyroïde fonctionne déjà un peu moins bien, chez qui elle pourrait compter selon les auteurs[3].
- L'Anses a fixé en 2025, à partir d'études chez l'animal, une valeur de référence que dépasse une grande partie des consommateurs de soja ; elle ne recommande pas le soja en restauration collective, sans en avoir évalué les bénéfices, et deux experts de son comité s'y sont opposés[4].
- Chez plus de 300 000 Chinoises suivies une dizaine d'années, une consommation modérée de soja n'était pas associée à un risque plus élevé de cancer du sein ; en réunissant les études prospectives, chaque 10 mg d'isoflavones par jour était associé à un risque 3 % plus bas[5].
Solidité des preuves, effet par effet
Testostérone et œstrogènes chez l'homme
Solidité des preuves : Testostérone et œstrogènes chez l'homme : ModéréeMéta-analyse de 41 études cliniques : aucun effet significatif, quels que soient le modèle et la dose ; financée par l'interprofession américaine du soja.[2]
Hormones du cycle chez la femme
Solidité des preuves : Hormones du cycle chez la femme : FaibleMéta-analyse de 47 essais : baisse de la FSH et de la LH avant la ménopause, jugée provisoire par les auteurs ; rien de significatif après ; financement en partie lié au soja.[1]
Effets œstrogéniques après la ménopause
Solidité des preuves : Effets œstrogéniques après la ménopause : ModéréeMéta-analyse de 40 essais : aucun effet significatif sur quatre marqueurs ; certitude élevée à modérée selon les auteurs ; financement lié au soja.[6]
Préparations infantiles au soja et développement
Solidité des preuves : Préparations infantiles au soja et développement : FaibleRevue de l'Anses : règles plus précoces et marqueurs sexuels modifiés, avec un poids des preuves jugé faible par l'agence.[4]
Hormones thyroïdiennes
Solidité des preuves : Hormones thyroïdiennes : FaibleMéta-analyse de 18 essais : T3 et T4 sans changement significatif, légère hausse de la TSH, plus nette si la thyroïde est déjà fragile ; résultats hétérogènes.[3]
Risque de cancer du sein
Solidité des preuves : Risque de cancer du sein : FaibleGrande cohorte et méta-analyses d'études d'observation : pas de hausse du risque, associations plutôt favorables, sans preuve de cause.[5][7]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Chez l'homme
En 2021, une méta-analyse a réuni 41 études cliniques où des hommes adultes consommaient des aliments au soja, des protéines de soja ou des isoflavones. La testostérone totale y était mesurée chez 1 753 hommes, l'œstradiol chez 1 000. Quels que soient le modèle statistique, la dose d'isoflavones ou la durée de l'étude, aucun effet significatif n'apparaissait sur la testostérone, totale ou libre, ni sur les œstrogènes. Mise à jour de celle de 2010, elle a été financée par l'interprofession américaine du soja[2].
Chez la femme
En 2009, une méta-analyse de 47 essais d'au moins quatre semaines a mesuré les hormones de femmes avant, autour ou après la ménopause. Avant la ménopause, le soja ou ses isoflavones ne changeaient ni l'œstradiol, ni l'œstrone, ni la protéine qui transporte les hormones sexuelles dans le sang, mais réduisaient d'environ 20 % deux hormones du cycle, la FSH et la LH, et allongeaient le cycle d'un jour en moyenne ; les auteurs jugent ces résultats provisoires, car ils disparaissent quand on ne garde que les essais les moins exposés aux biais. Après la ménopause, aucun effet n'était significatif, mais les auteurs n'excluent pas une légère hausse de l'œstradiol. Cette méta-analyse a été financée en partie par un institut américain de nutrition consacré au soja, dont l'un des auteurs conseillait alors des entreprises qui vendent des produits au soja[1].
En 2025, une méta-analyse plus récente a réuni 40 essais, soit 3 285 femmes ménopausées recevant le plus souvent 75 mg d'isoflavones par jour : elle ne trouve aucun effet significatif sur l'épaisseur de l'endomètre, la muqueuse vaginale, la FSH ni l'œstradiol, avec une certitude jugée élevée à modérée. Elle a été financée en partie par l'interprofession américaine du soja, et l'un de ses auteurs a été salarié d'un institut financé par l'industrie du soja[6].
La thyroïde
En 2019, une méta-analyse de 18 essais n'a trouvé aucun changement significatif des hormones thyroïdiennes, la T3 et la T4 libres, avec des compléments de soja. Elle trouve une légère hausse de la TSH, l'hormone qui stimule la thyroïde, de 0,25 mUI/l en moyenne, tout juste significative, avec des résultats très variables d'une étude à l'autre. La hausse était plus nette, environ 0,7 mUI/l, en cas d'hypothyroïdie dite infraclinique, quand la thyroïde fonctionne déjà un peu moins bien : elle pourrait alors compter, selon les auteurs ; chez les personnes en bonne santé, sa portée clinique reste incertaine[3].
L'avis de l'Anses
En 2025, l'Anses a évalué le risque des isoflavones comme perturbateurs endocriniens. Ses valeurs de référence, très basses, tirées d'études chez le rat, sont dépassées par 28 à 76 % des consommateurs de soja de 3 ans et plus, et par la plupart des jeunes enfants consommateurs ; elle ne recommande donc pas le soja en restauration collective, sans en avoir évalué les bénéfices. Chez les nourrissons nourris avec des préparations au soja, sa revue relève, avec un poids des preuves faible, des règles plus précoces et des modifications de certains marqueurs sexuels. Deux experts de son comité ont exprimé une position divergente : ils jugent ces valeurs fondées sur des extrapolations animales, discordantes avec les études humaines[4].
Le cancer du sein
Une grande étude chinoise a suivi pendant une dizaine d'années plus de 300 000 femmes de 30 à 79 ans, dont 2 289 ont développé un cancer du sein. Celles qui consommaient le plus d'isoflavones de soja, environ 19 mg par jour, n'avaient pas de risque plus élevé mesurable que celles qui en consommaient le moins, environ 4,5 mg. En réunissant les études prospectives publiées, les auteurs trouvent un risque 3 % plus bas pour chaque 10 mg d'isoflavones par jour[5].
Chez les femmes traitées pour un cancer du sein, une méta-analyse d'études d'observation sur plusieurs aliments végétaux trouve, en réunissant quatre études et plus de 11 800 femmes, un risque de récidive 26 % plus bas avec les isoflavones du soja, surtout après la ménopause. Ce sont des études d'observation : elles décrivent une association, sans montrer que le soja en est la cause[7]. Ce site ne remplace pas un avis médical : en cas de trouble hormonal, de maladie de la thyroïde ou de cancer, c'est au médecin de conseiller.
Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Pourquoi le soja inquiète-t-il ?
Parce que ses isoflavones ressemblent aux œstrogènes, que des troubles de la fertilité ont été observés chez des brebis et des guépards exposés à des doses bien plus fortes que chez l'humain[1], que des effets contre la thyroïde ont été vus en laboratoire et chez le rongeur[3], et que quelques cas isolés d'effets féminisants ont été décrits chez des hommes. Une méta-analyse, mise à jour en 2021, ne trouve pas d'effet significatif sur la testostérone[2].
Ces études sont-elles indépendantes ?
Pas toutes. Les deux méta-analyses sur les hormones sexuelles ont été financées, en tout ou en partie, par des organismes liés au soja, et ont deux auteurs en commun, dont l'un conseillait des entreprises du soja en 2009[1] ; la seconde est financée par l'interprofession américaine du soja[2], comme, en partie, celle de 2025 sur la ménopause[6]. Celle sur la thyroïde ne déclare aucun lien d'intérêts, mais ses auteurs ont mené plusieurs des essais qu'elle réunit[3]. La grande étude chinoise sur le cancer du sein est financée par des organismes publics et caritatifs[5].
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Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Hooper L., Ryder J.J., Kurzer M.S. et al. Effects of soy protein and isoflavones on circulating hormone concentrations in pre- and post-menopausal women : a systematic review and meta-analysis. Human Reproduction Update, 2009.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1093/humupd/dmp010 (site externe, nouvel onglet)PubMed 19299447 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
47 essais randomisés ou croisés d'au moins quatre semaines (11 avant la ménopause, 35 après, 1 autour), recherche jusqu'en décembre 2007. Avant la ménopause : pas d'effet sur l'œstradiol, l'œstrone ni la SHBG ; FSH et LH réduites d'environ 20 % ; cycle allongé de 1,05 jour (10 études). Après la ménopause : aucun effet significatif ; légère hausse non significative de l'œstradiol (environ 14 %, 21 études). Résultats jugés provisoires par les auteurs (« weak evidence ») : la baisse de la FSH et de la LH (7 études, significative en différence standardisée seulement) et l'allongement du cycle ne sont plus significatifs quand on ne garde que les essais les moins exposés aux biais. Les auteurs n'excluent pas une légère hausse de l'œstradiol après la ménopause. Portée clinique de ces changements modestes encore inconnue. Données animales souvent citées (brebis, guépards) avec des taux d'isoflavones bien plus élevés que chez l'humain. Isoflavones de structure proche de celle des œstrogènes (introduction). Résumé et déclarations lus.
- 2
Reed K.E., Camargo J., Hamilton-Reeves J. et al. Neither soy nor isoflavone intake affects male reproductive hormones : An expanded and updated meta-analysis of clinical studies. Reproductive Toxicology, 2021.
Méta-analyse · chez l'humain
DOI 10.1016/j.reprotox.2020.12.019 (site externe, nouvel onglet)PubMed 33383165 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Mise à jour de la méta-analyse de 2010 (recherche de 2010 à avril 2020) : 41 études cliniques chez des hommes adultes (aliments au soja, protéines de soja ou isoflavones). Testostérone totale mesurée chez 1 753 hommes, libre chez 752, œstradiol chez 1 000, œstrone chez 239, SHBG chez 967. Aucun effet significatif, quel que soit le modèle statistique, la dose ou la durée. Les auteurs rappellent que quelques études et des cas isolés ont décrit des effets féminisants. Résumé lu.
- 3
Otun J., Sahebkar A., Östlundh L. et al. Systematic Review and Meta-analysis on the Effect of Soy on Thyroid Function. Scientific Reports, 2019.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1038/s41598-019-40647-x (site externe, nouvel onglet)PubMed 30850697 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
18 articles retenus (essais randomisés avec du soja, mesure de la T3 libre, de la T4 libre et de la TSH). Pas de changement de la T3 libre ni de la T4 libre ; hausse de la TSH de 0,248 mUI/l (IC 95 % 0,001 à 0,494 ; p = 0,049) ; hétérogénéité élevée (I² de 56 % à 88 %) ; asymétrie visuelle des entonnoirs, tests non significatifs, TSH +0,358 mUI/l après correction. Sous-groupes : TSH +0,692 mUI/l en cas d'hypothyroïdie infraclinique au départ (p < 0,001), +0,319 mUI/l pour une prise d'au moins trois mois ; hausse qui pourrait compter chez les personnes à la thyroïde fragile selon les auteurs. Plusieurs des essais inclus ont été menés par l'équipe des auteurs (Hull). Effets antithyroïdiens observés in vitro et chez le rongeur (introduction). Portée clinique de la hausse de la TSH incertaine selon les auteurs. Résumé lu.
- 4
Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Avis relatif à une demande d'évaluation du risque sanitaire de la consommation d'aliments contenant des isoflavones. Anses, avis, saisine 2022-SA-0221 (8 janvier 2025), 2025.
Rapport institutionnel · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Avis du 8 janvier 2025 sur le risque lié aux isoflavones, en lien avec une perturbation endocrinienne. Valeurs toxicologiques de référence (génistéine) fondées sur des études chez le rat : 0,02 mg/kg/j pour la population générale (hyperplasie de la glande mammaire chez le rat mâle), 0,01 mg/kg/j pour les femmes enceintes ou en âge de procréer et les enfants prépubères ; niveau de confiance moyen. Dépassements de ces valeurs chez toutes les tranches d'âge des « consommateurs de soja » ; l'agence ne recommande pas les aliments au soja en restauration collective et demande de réduire leur teneur en isoflavones ; les bénéfices du soja n'ont pas été évalués. Revue des études chez le nourrisson : préparations infantiles au soja associées, avec un poids des preuves faible, à des règles plus précoces et à une modification de certains marqueurs sexuels. Deux experts du comité ont exprimé une position divergente (annexe 4) : valeur de référence fondée sur des extrapolations animales, discordante avec les études humaines. Avis, conclusions et annexe 4 lus.
- 5
Wei Y., Lv J., Guo Y. et al. Soy intake and breast cancer risk : a prospective study of 300,000 Chinese women and a dose-response meta-analysis. European Journal of Epidemiology, 2020.
Étude de cohorte · chez l'humain · n = 300 000 · accès libre
DOI 10.1007/s10654-019-00585-4 (site externe, nouvel onglet)PubMed 31754945 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
China Kadoorie Biobank : plus de 300 000 femmes de 30 à 79 ans, 10 régions de Chine, suivies environ dix ans ; 2 289 cancers du sein. Apport moyen de 9,4 mg d'isoflavones par jour. Quart le plus élevé (19,1 mg/j) contre le plus bas (4,5 mg/j) : risque relatif 1,00 (IC 95 % 0,81 à 1,22). Méta-analyse des études prospectives : risque 3 % plus bas (IC 1 à 5 %) pour chaque 10 mg/j d'isoflavones. Étude d'observation. Résumé lu.
- 6
Viscardi G., Back S., Ahmed A. et al. Effect of Soy Isoflavones on Measures of Estrogenicity : A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Advances in Nutrition, 2025.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1016/j.advnut.2024.100327 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39433088 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
40 essais randomisés (52 comparaisons, 3 285 femmes ménopausées) d'au moins trois mois, dose médiane de 75 mg d'isoflavones par jour, durée médiane de 24 semaines, recherche jusqu'en août 2024. Aucun effet statistiquement significatif sur l'épaisseur de l'endomètre, la maturation vaginale, la FSH ni l'œstradiol ; certitude GRADE élevée à modérée selon les critères. Résumé et texte intégral (financement) lus.
- 7
van Die M.D., Bone K.M., Visvanathan K. et al. Phytonutrients and outcomes following breast cancer : a systematic review and meta-analysis of observational studies. JNCI Cancer Spectrum, 2024.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1093/jncics/pkad104 (site externe, nouvel onglet)PubMed 38070485 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
32 articles d'études d'observation chez des femmes traitées pour un cancer du sein (soja, lignanes, crucifères, thé vert). Isoflavones de soja associées à un risque de récidive 26 % plus bas (rapport de risque 0,74 ; IC 95 % 0,60 à 0,92 ; 4 études, 11 837 femmes ; I² 58 %), certitude « probable » selon la grille adaptée de GRADE utilisée par les auteurs, surtout après la ménopause et pour les cancers à récepteurs d'œstrogènes. Études d'observation : association, pas preuve de cause. Résumé lu.
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