Nutrition

La fatigue vient-elle souvent d'un manque de fer ?

En conclusion

Parfois. Le manque de fer peut contribuer à la fatigue, qui a bien d'autres causes possibles. Il est fréquent chez les femmes en âge d'avoir des enfants : en France, en 2015, une sur cinq avait des réserves épuisées. Chez des femmes fatiguées, sans anémie, au fer bas selon les critères des essais, le fer réduit un peu la fatigue. Contre l'anémie, l'OMS cite les compléments sur recommandation d'un professionnel de santé.

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Par La rédaction d’Après Vérification
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Ce qu’on entend

Quand on est fatigué, c'est souvent qu'on manque de fer : une cure de fer redonnerait de l'énergie.

Une explication courante de la fatigue.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : la fatigue fait partie des signes courants de l'anémie, dont le manque de fer est, selon l'OMS, la cause nutritionnelle la plus fréquente[1] ; en France, en 2015, 20 % des femmes en âge d'avoir des enfants avaient des réserves en fer épuisées, et 4 % une anémie par manque de fer, le plus souvent non traitée[2].
  • Chez des femmes fatiguées, sans anémie mais au fer bas selon les critères de chaque essai, le fer a un peu réduit la fatigue dans des essais tirés au sort, avec un niveau de preuve jugé modéré par les auteurs[3].
  • En revanche, dans ces essais, le fer n'était pas associé à une meilleure capacité physique mesurée, comme la consommation maximale d'oxygène, avec un niveau de preuve faible[3].
  • Aux Pays-Bas, sur 571 personnes venues consulter pour fatigue, la moitié n'a reçu dans l'année aucun diagnostic pouvant l'expliquer, et les diagnostics posés concernaient surtout l'appareil locomoteur et des problèmes psychologiques[4].
  • Dans une population allemande de près de 6 000 adultes, la fatigue n'était associée ni à l'anémie, une fois pris en compte la dépression, l'insomnie et les médicaments, ni à un manque de fer marqué[5].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Fer et fatigue chez des femmes au fer bas, sans anémie

    Solidité des preuves : Fer et fatigue chez des femmes au fer bas, sans anémie : Modérée

    Méta-analyses d'essais tirés au sort chez des femmes, dont l'essai français de 2012 : fatigue un peu réduite, niveau de preuve modéré selon les auteurs, risque de biais souvent incertain.[3][6][7]

  • Fer et capacité physique mesurée

    Solidité des preuves : Fer et capacité physique mesurée : Faible

    Pas de différence sur la consommation maximale d'oxygène ni sur les épreuves chronométrées, dans de petits essais aux estimations imprécises.[3]

  • Fréquence du manque de fer chez les femmes en France

    Solidité des preuves : Fréquence du manque de fer chez les femmes en France : Modérée

    Étude nationale avec dosages sanguins : réserves épuisées chez une femme en âge d'avoir des enfants sur cinq en 2015.[2]

  • Lien entre fatigue et manque de fer en dehors des essais

    Solidité des preuves : Lien entre fatigue et manque de fer en dehors des essais : Faible

    Études d'observation : aux Pays-Bas, la moitié des patients consultant pour fatigue sans diagnostic au bout d'un an ; en Allemagne, pas d'association avec l'anémie après ajustement. Aucune ne mesure la part due au fer.[4][5][7]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Un manque fréquent chez les femmes

Selon l'OMS, l'anémie touche surtout les jeunes enfants, les adolescentes et les femmes qui ont leurs règles, ainsi que les femmes enceintes ; ses signes courants, comme la fatigue, les vertiges ou l'essoufflement à l'effort, sont peu spécifiques[1]. En France, l'étude nationale Esteban a mesuré le fer dans le sang en 2015 : 20 % des femmes en âge d'avoir des enfants avaient des réserves épuisées, 7 % une anémie et 4 % une anémie par manque de fer, le plus souvent non traitée ; Santé publique France fait du dépistage et du traitement de ce manque chez ces femmes un point de vigilance[2].

Ce que montrent les essais

En France, 198 femmes de 18 à 53 ans, fatiguées, sans anémie mais avec une ferritine, le marqueur des réserves en fer, inférieure à 50 µg/L, ont reçu pendant douze semaines 80 mg de fer par jour ou un placebo. Leur score de fatigue a baissé de 47,7 % avec le fer, contre 28,8 % avec le placebo, sans effet significatif sur la qualité de vie, la dépression ou l'anxiété ; les auteurs estiment qu'un traitement par fer devrait être envisagé chez ces femmes[6]. Une méta-analyse de 18 essais, soit 1 170 adultes au fer bas sans anémie, trouve, en regroupant quatre essais menés chez des femmes (714 participantes), dont l'essai français, une fatigue un peu réduite avec le fer, avec un niveau de preuve modéré. Deux de ces quatre essais donnaient le fer par perfusion. Les auteurs notent que la prise de fer par la bouche est difficile à masquer, ce qui peut peser sur une fatigue déclarée, et que les bénéfices concrets restent incertains[3]. Une autre méta-analyse, de six essais, va dans le même sens[7].

D'où vient la fatigue

Aux Pays-Bas, 571 adultes venus consulter leur médecin pour un nouvel épisode de fatigue ont été suivis un an. Un peu moins de la moitié ont reçu un diagnostic pouvant y être lié, le plus souvent un problème de l'appareil locomoteur (19,4 % des patients) ou psychologique (16,5 %) ; une maladie nette a été trouvée chez 8,2 % ; les autres n'ont reçu aucun diagnostic de ce type dans l'année[4]. En Allemagne, chez 5 979 adultes, 30 % se disaient fatigués et environ 6 % avaient une anémie. Dans l'analyse complète, qui tient compte notamment de l'âge, de la dépression, de l'insomnie et des médicaments, la fatigue n'était pas associée à l'anémie, et ces autres facteurs étaient plus fortement liés aux symptômes. L'anémie restait en revanche associée au manque d'énergie, et un manque de fer marqué, défini par une ferritine très basse, au manque de concentration[5]. Dans six études transversales réunies en 2017, le manque de fer sans anémie n'était pas associé de façon significative à la fatigue, un résultat jugé peu robuste ; les auteurs concluent qu'il en est une cause possible[7].

Ce site ne remplace pas un avis médical : une fatigue qui dure peut avoir bien des causes, qu'un médecin peut chercher.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Faut-il prendre du fer quand on est fatigué ?

L'OMS cite la prise de compléments parmi les mesures contre l'anémie, lorsqu'un professionnel de santé les recommande[1]. Les essais qui montrent un effet sur la fatigue ont été menés chez des femmes dont le fer bas avait été mesuré par une prise de sang, et deux d'entre eux donnaient le fer par perfusion[3].

Qui manque le plus souvent de fer ?

Selon l'OMS, l'anémie, dont le manque de fer est la cause nutritionnelle la plus fréquente, touche surtout les jeunes enfants, les adolescentes et les femmes qui ont leurs règles, ainsi que les femmes enceintes ou qui viennent d'accoucher[1]. En France, les réserves en fer étaient épuisées chez 20 % des femmes en âge d'avoir des enfants en 2015[2].

Le fer améliore-t-il les performances sportives ?

Pas d'après les essais menés chez des personnes au fer bas sans anémie : le fer n'y était associé à aucune différence sur la consommation maximale d'oxygène ni sur les épreuves chronométrées, avec un niveau de preuve faible[3].

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Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

7 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations2
  • Essais randomisés et rapports institutionnels3
  • Études d'observation et essais non randomisés2

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Organisation mondiale de la santé (OMS). Anaemia. OMS, aide-mémoire (page datée du 10 février 2025), 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Signes courants et peu spécifiques de l'anémie : « tiredness », vertiges, mains et pieds froids, maux de tête, essoufflement, surtout à l'effort. Le manque de fer, surtout par apport alimentaire insuffisant, est considéré comme la carence nutritionnelle la plus fréquente à l'origine d'une anémie. Groupes les plus exposés : jeunes enfants, adolescentes et femmes qui ont leurs règles, femmes enceintes et après l'accouchement. Parmi les mesures : prendre des compléments « if a qualified health-care provider recommends them ». Page lue.

  2. 2

    Santé publique France. Esteban 2014-2016, chapitre dosages biologiques des vitamines et minéraux : pas de déficit important ou de carence à grande échelle. Santé publique France, actualité publiée le 6 décembre 2019, 2019.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Résumé du chapitre de l'étude nationale Esteban sur les dosages biologiques (population de 2015). Statut en fer : « 20 % des femmes en âge de procréer témoignaient d'une déplétion totale des réserves en fer, 7 % présentaient une anémie et 4 % souffraient d'une anémie ferriprive majoritairement non traitée ». Parmi les points de vigilance : « le dépistage et le traitement de la carence martiale (fer) chez les femmes en âge de procréer ». L'amélioration depuis 2006 citée sur la même page concerne la vitamine D, pas le fer. Page lue.

  3. 3

    Houston B.L., Hurrie D., Graham J. et al. Efficacy of iron supplementation on fatigue and physical capacity in non-anaemic iron-deficient adults : a systematic review of randomised controlled trials. BMJ Open, 2018.

    Méta-analyse · chez l'humain · n = 1 170 · accès libre

    DOI 10.1136/bmjopen-2017-019240 (site externe, nouvel onglet)PubMed 29626044 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    18 essais tirés au sort, 1 170 adultes au fer bas sans anémie, recherche jusqu'en octobre 2016. Fer contre placebo ou autre traitement : fatigue déclarée réduite (différence standardisée −0,38 ; IC 95 % −0,52 à −0,23 ; I² 0 % ; 4 essais, 714 participants), niveau de preuve modéré selon les auteurs (risque de biais incertain dans la plupart des essais). Pas de différence sur la capacité physique mesurée (consommation maximale d'oxygène : 0,11 ; −0,15 à 0,37 ; 9 essais, 235 participants ; épreuves chronométrées), niveau de preuve faible. Hémoglobine et ferritine augmentées. Femmes en bonne santé dans 15 essais sur 18 ; les quatre essais sur la fatigue portaient tous sur des femmes, deux avec du fer par la bouche et deux par perfusion ; un des quatre ne trouvait pas de différence significative à 12 semaines. Limites selon les auteurs : prise de fer par la bouche difficile à masquer (effets digestifs, couleur des selles), ce qui peut peser sur une fatigue déclarée ; bénéfices concrets (qualité de vie, absentéisme, performances) incertains ; effets indésirables mal rapportés. Les auteurs estiment que patients et soignants pourraient envisager aliments riches en fer ou compléments. Texte intégral lu.

  4. 4

    Nijrolder I., van der Windt D., de Vries H. et al. Diagnoses during follow-up of patients presenting with fatigue in primary care. CMAJ, 2009.

    Étude de cohorte · chez l'humain · n = 571 · accès libre

    DOI 10.1503/cmaj.090647 (site externe, nouvel onglet)PubMed 19858240 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Cohorte prospective aux Pays-Bas : adultes venus consulter leur médecin généraliste pour un nouvel épisode de fatigue (2004-2006), diagnostics relevés dans leur dossier pendant un an. Sur 571 patients, 268 (46,9 %) ont reçu au moins un diagnostic pouvant expliquer la fatigue, surtout des diagnostics de symptômes : problèmes de l'appareil locomoteur (19,4 %) et psychologiques (16,5 %) ; une maladie somatique nette chez 47 (8,2 %). La moitié n'a reçu aucun diagnostic qui l'explique. Résumé lu.

  5. 5

    Weckmann G., Kiel S., Chenot J.-F. et al. Association of Anemia with Clinical Symptoms Commonly Attributed to Anemia-Analysis of Two Population-Based Cohorts. Journal of Clinical Medicine, 2023.

    Étude transversale · chez l'humain · n = 5 979 · accès libre

    DOI 10.3390/jcm12030921 (site externe, nouvel onglet)PubMed 36769569 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Deux cohortes de population en Poméranie (Allemagne) : 5 979 adultes, âge médian 55 ans. Fatigue chez 30 %, manque d'énergie chez 16 % ; anémie chez environ 6 %. Symptômes plus fréquents chez les personnes anémiques, plus âgées et en moins bonne santé ; après ajustement (dépression, médicaments, insomnie, autres maladies), pas d'association entre anémie et fatigue, association avec le manque d'énergie (rapport de cotes 1,45 ; IC 95 % 1,13 à 1,86). Dépression, insomnie et médicaments plus fortement liés aux symptômes. En analyse brute, association faible et non significative entre anémie et fatigue (rapport de cotes 1,19). Manque de fer défini par une ferritine inférieure à 8 µg/L chez les femmes et à 26 µg/L chez les hommes (292 participants, 5 %) : non associé à la fatigue, associé au manque de concentration (rapport de cotes 1,65). Résumé et texte intégral lus (tableau supplémentaire non ouvert).

  6. 6

    Vaucher P., Druais P.-L., Waldvogel S. et al. Effect of iron supplementation on fatigue in nonanemic menstruating women with low ferritin : a randomized controlled trial. CMAJ, 2012.

    Essai contrôlé randomisé · chez l'humain · n = 198 · accès libre

    DOI 10.1503/cmaj.110950 (site externe, nouvel onglet)PubMed 22777991 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Essai multicentrique chez 44 médecins généralistes en France (2006) : 198 femmes de 18 à 53 ans, fatiguées, ferritine inférieure à 50 µg/L et hémoglobine supérieure à 12 g/dL, tirées au sort entre 80 mg de fer par jour (sulfate ferreux, n = 102) et un placebo (n = 96) pendant 12 semaines. Score de fatigue : baisse de 47,7 % avec le fer contre 28,8 % avec le placebo (différence −18,9 % ; IC 95 % −34,5 à −3,2 ; p = 0,02). Pas d'effet significatif sur la qualité de vie, la dépression ni l'anxiété. Hémoglobine et ferritine augmentées avec le fer. Les auteurs estiment qu'un traitement par fer devrait être envisagé chez les femmes à la fatigue inexpliquée et à la ferritine inférieure à 50 µg/L. Essai inclus dans la méta-analyse de 2018. Résumé lu.

  7. 7

    Yokoi K., Konomi A. Iron deficiency without anaemia is a potential cause of fatigue : meta-analyses of randomised controlled trials and cross-sectional studies. British Journal of Nutrition, 2017.

    Méta-analyse · chez l'humain

    DOI 10.1017/S0007114517001349 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28625177 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Recherche dans PubMed jusqu'en janvier 2016. Six essais tirés au sort chez des personnes fatiguées au fer bas sans anémie : effet du fer sur la fatigue (taille d'effet 0,33 ; IC 95 % 0,17 à 0,48 ; I² 0 %). Six études transversales : pas d'association significative entre manque de fer sans anémie et fatigue dans la population (0,10 ; −0,11 à 0,31 ; I² 57,4 %), résultat peu robuste (significatif si l'on retire une étude). Les auteurs concluent que le manque de fer sans anémie est une cause possible de fatigue. Résumé lu.

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Thème : Nutrition

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