Nutrition · Glycémie
Les édulcorants font-ils grossir ?
En conclusion
Rien ne démontre qu'ils provoquent une prise de poids. Les études d'observation les y associent, mais elles peuvent être faussées par d'autres différences entre consommateurs ; dans les essais, remplacer le sucre par des édulcorants va plutôt de pair avec un poids un peu plus bas, d'environ un kilo. En 2023, l'OMS a pourtant déconseillé de les utiliser pour maigrir, jugeant incertains bénéfices et risques à long terme ; un essai publié depuis trouve un petit bénéfice à un an.
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Ce qu’on entend
Les édulcorants font grossir : ils tromperaient le corps et donneraient envie de sucre.
Une idée appuyée sur des études d'observation qui associent les édulcorants à une prise de poids.
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : dans les grandes études d'observation, la consommation d'édulcorants est associée à un indice de masse corporelle un peu plus élevé, à une prise de poids et à plus d'obésité[1] ; et selon l'OMS, ils n'aident pas à maigrir sur la durée[2].
- Mais ces études ne prouvent pas que les édulcorants font grossir : quand on tient compte de ce qu'ils remplacent, ils sont au contraire associés à un poids plus bas, selon une revue de revues dont les auteurs ont des liens avec l'industrie des édulcorants[3].
- Dans les essais, remplacer des boissons sucrées par des boissons édulcorées est associé à un poids plus bas d'environ un kilo, avec une certitude jugée modérée[4].
- Pour l'OMS, aucun bénéfice durable sur la masse grasse n'est démontré[2] ; pour l'Anses, en 2015, rien ne justifiait d'encourager, en santé publique, le remplacement du sucre par des édulcorants[5].
Solidité des preuves, effet par effet
Édulcorants à la place du sucre et poids, dans les essais
Solidité des preuves : Édulcorants à la place du sucre et poids, dans les essais : ModéréeMéta-analyse d'essais et essai d'un an : poids un peu plus bas avec les édulcorants qu'avec le sucre ; certitude modérée selon les auteurs, liens industriels de plusieurs d'entre eux.[4][6]
Édulcorants et prise de poids, dans les études d'observation
Solidité des preuves : Édulcorants et prise de poids, dans les études d'observation : Très faibleCohortes : consommation associée à un IMC plus élevé, lien inversé selon une revue de revues aux auteurs liés à l'industrie quand on tient compte de la substitution ; certitude très faible.[1][3]
Édulcorants pour maigrir à long terme
Solidité des preuves : Édulcorants pour maigrir à long terme : FaibleRevues financées ou utilisées par l'OMS : pas de bénéfice durable démontré sur la masse grasse ; surtout de petits essais courts, confiance limitée selon les auteurs.[2][5][7]
Boissons édulcorées à la place de l'eau et poids
Solidité des preuves : Boissons édulcorées à la place de l'eau et poids : FaibleMéta-analyse en réseau : pas de différence de poids associée ; certitude faible.[4]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Deux types d'études, deux images
Les essais tirés au sort comparent des personnes qui reçoivent des édulcorants à d'autres qui n'en reçoivent pas. Une méta-analyse de 17 essais, chez 1 733 adultes en surpoids ou obèses, à risque de diabète ou diabétiques, associe le remplacement des boissons sucrées par des boissons édulcorées à un poids plus bas d'environ 1 kg, avec une certitude modérée (12 essais, 601 personnes pour cette comparaison). Remplacer les boissons édulcorées par de l'eau n'est pas associé à une différence de poids, avec une certitude faible ; l'hémoglobine glyquée, un marqueur de la glycémie, y était un peu plus haute avec les boissons édulcorées[4]. En 2025, l'essai européen SWEET a inclus 341 adultes en surpoids. Après deux mois de régime, les 277 qui avaient perdu au moins 5 % de leur poids ont été suivis dix mois : ceux qui remplaçaient les produits sucrés par des produits édulcorés avaient maintenu une perte de poids plus grande de 1,6 kg en moyenne. L'écart était proche (1,7 kg), mais pas significatif, chez ceux qui sont allés au bout ; seuls 60 % des adultes ont terminé l'essai[6]. Plusieurs auteurs de ces deux études ont des liens avec l'industrie des édulcorants, du sucre ou des boissons.
Les études d'observation suivent de grands groupes de personnes sans rien leur imposer. Dans une méta-analyse de 30 cohortes, la consommation d'édulcorants était associée à une légère hausse de l'indice de masse corporelle, à une prise de poids, à plus d'obésité et de diabète de type 2, alors que les essais de la même revue ne montraient pas d'effet significatif sur l'indice de masse corporelle[1]. Une revue de revues de 2025 rapporte que ce lien s'inverse quand les analyses tiennent compte de ce que les édulcorants remplacent ou de l'évolution de la consommation ; elle juge la certitude très faible pour les cohortes et modérée pour les essais. Ses auteurs déclarent des honoraires de l'industrie des édulcorants[3].
Ce qu'en disent l'OMS et l'Anses
En 2023, l'OMS a recommandé de ne pas utiliser les édulcorants pour contrôler son poids ou réduire le risque de maladies non transmissibles. Elle s'appuie sur une revue selon laquelle ils n'apportent pas de bénéfice à long terme sur la masse grasse, et qui suggère de possibles effets indésirables à long terme. Elle qualifie toutefois sa recommandation de « conditionnelle », parce que les liens observés avec les maladies peuvent être faussés par les caractéristiques des participants. Elle ne vise pas les personnes déjà diabétiques[2]. Une revue financée par l'OMS en 2019 trouvait surtout de petites études, courtes et de qualité limitée, sans effet visible chez les personnes qui cherchaient à maigrir ; chez l'enfant, elle notait une hausse moindre de l'indice de masse corporelle avec les édulcorants qu'avec le sucre, avec une certitude modérée[7].
En 2015, avant les essais les plus récents, l'Anses relevait que remplacer le sucre par un édulcorant réduit le plus souvent les calories à court terme, mais que les données ne couvraient pas assez de temps pour savoir si l'effet dure. Elle concluait que les études ne prouvaient pas que les édulcorants aident à contrôler le poids, et que rien ne justifiait d'encourager, dans une politique de santé publique, le remplacement du sucre par des édulcorants. Elle recommandait de ne pas remplacer l'eau par des sodas sucrés ou édulcorés[5].
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Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Les édulcorants donnent-ils envie de sucre ?
En 2015, l'Anses n'a pas trouvé de lien entre leur consommation et une accoutumance au goût sucré, tout en jugeant nécessaires de nouvelles études chez l'enfant ; elle recommande de réduire le goût sucré de l'alimentation en général, dès le plus jeune âge[5].
Pourquoi l'OMS les déconseille-t-elle pour maigrir ?
Parce que la revue sur laquelle elle s'appuie suggère l'absence de bénéfice durable sur la masse grasse et de possibles effets indésirables à long terme. L'OMS juge elle-même sa recommandation « conditionnelle », les liens observés avec les maladies pouvant être faussés[2].
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Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Azad M.B., Abou-Setta A.M., Chauhan B.F. et al. Nonnutritive sweeteners and cardiometabolic health : a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials and prospective cohort studies. CMAJ, 2017.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1503/cmaj.161390 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28716847 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
7 essais (1 003 participants, suivi médian de 6 mois) et 30 cohortes (405 907 participants, suivi médian de 10 ans). Dans les essais, pas d'effet significatif sur l'IMC (−0,37 ; −1,10 à 0,36 ; 242 participants). Dans les cohortes, consommation d'édulcorants associée à une légère hausse de l'IMC, à une prise de poids et de tour de taille et à plus d'obésité, d'hypertension, de diabète de type 2 et d'événements cardiovasculaires ; biais de publication pour le diabète. Les auteurs concluent que les essais ne soutiennent pas clairement le bénéfice attendu sur le poids, et que les données d'observation suggèrent un lien possible avec un IMC plus élevé. Résumé lu.
- 2
Organisation mondiale de la santé (OMS). WHO advises not to use non-sugar sweeteners for weight control in newly released guideline. OMS, communiqué du 15 mai 2023 accompagnant la recommandation « Use of non-sugar sweeteners », 2023.
Recommandation de pratique · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
L'OMS « recommends against the use of NSS to control body weight or reduce the risk of noncommunicable diseases ». La recommandation s'appuie sur une revue systématique selon laquelle les édulcorants n'apportent pas de bénéfice à long terme sur la masse grasse chez l'adulte et l'enfant, et suggère de possibles effets indésirables à long terme (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, mortalité). Elle vise tout le monde sauf les personnes déjà diabétiques. Parce que le lien observé pourrait être faussé par les caractéristiques des participants et des usages complexes, la recommandation est « conditional ». Les polyols et les sucres peu caloriques ne sont pas concernés. Page lue.
- 3
Ayoub-Charette S., Kavanagh M.E., Khan T.A. et al. Reconciling conflicting evidence on low- and no-calorie sweeteners and cardiometabolic outcomes : an umbrella review using naïve and bias-adjusted methods. Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 2025.
Revue de revues · chez l'humain
DOI 10.1139/apnm-2025-0068 (site externe, nouvel onglet)PubMed 41428417 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue de revues : 6 analyses d'essais et 5 de cohortes. Dans les essais, les édulcorants réduisent l'apport calorique, le poids et la masse grasse, quelle que soit la méthode. Dans les cohortes, la simple consommation d'édulcorants est associée à plus d'obésité, de diabète, d'AVC et de décès ; les analyses qui tiennent compte de ce qu'ils remplacent ou de l'évolution de la consommation les associent au contraire à un poids plus bas. Certitude généralement modérée pour les essais, très faible pour les cohortes. Résumé lu.
- 4
McGlynn N.D., Khan T.A., Wang L. et al. Association of Low- and No-Calorie Sweetened Beverages as a Replacement for Sugar-Sweetened Beverages With Body Weight and Cardiometabolic Risk : A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Network Open, 2022.
Méta-analyse · chez l'humain · n = 1 733 · accès libre
DOI 10.1001/jamanetworkopen.2022.2092 (site externe, nouvel onglet)PubMed 35285920 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Méta-analyse en réseau de 17 essais (1 733 adultes en surpoids ou obèses, à risque de diabète ou diabétiques ; 77 % de femmes). Boissons édulcorées à la place de boissons sucrées : poids −1,06 kg (−1,71 à −0,41), IMC −0,32, masse grasse −0,60 % ; certitude modérée. Eau à la place des boissons sucrées : pas d'association (certitude faible). Boissons édulcorées à la place de l'eau : pas d'effet sur le poids (certitude faible). Résumé lu.
- 5
Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). No nutritional value found for intense sweeteners in the human diet. Anses, actualité du 9 janvier 2015 présentant son avis et son rapport sur les édulcorants intenses, 2015.
Rapport institutionnel · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Première évaluation par l'Anses des bénéfices et risques nutritionnels des édulcorants intenses. Remplacer le sucre par un édulcorant réduit le plus souvent l'apport calorique à court terme, mais les données ne couvrent pas de périodes assez longues pour garantir que l'effet dure ; les études sur le contrôle du poids donnent des associations contradictoires, et certaines études d'observation associent paradoxalement les édulcorants à une prise de poids, sans lien de cause établi. Les études disponibles ne prouvent pas qu'ils aident à contrôler le poids. L'agence juge qu'aucune donnée ne justifie d'encourager le remplacement des sucres par des édulcorants en santé publique, et recommande de ne pas boire de sodas sucrés ou édulcorés à la place de l'eau. Page lue.
- 6
Pang M.D., Kjølbæk L., Bastings J.J.A.J. et al. Effect of sweeteners and sweetness enhancers on weight management and gut microbiota composition in individuals with overweight or obesity : the SWEET study. Nature Metabolism, 2025.
Essai contrôlé randomisé · chez l'humain · n = 379 · accès libre
DOI 10.1038/s42255-025-01381-z (site externe, nouvel onglet)PubMed 41057614 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Essai tiré au sort dans plusieurs pays européens : 341 adultes et 38 enfants en surpoids ou obèses. Adultes : régime hypocalorique de deux mois (perte d'au moins 5 % du poids), puis dix mois d'alimentation saine à volonté avec moins de 10 % de l'énergie en sucres ; un groupe remplaçait les produits sucrés par des produits édulcorés. Au bout d'un an, perte de poids maintenue plus grande de 1,6 kg avec les édulcorants ; pas de différence sur les marqueurs cardiométaboliques ni chez les enfants. 60 % des adultes ont terminé l'essai, mené pendant la pandémie de Covid-19. Les auteurs rappellent que la revue de l'OMS trouvait en moyenne 0,71 kg de perte de poids, surtout dans les essais comparant les édulcorants au sucre ajouté. Résumé et texte intégral lus.
- 7
Toews I., Lohner S., Küllenberg de Gaudry D. et al. Association between intake of non-sugar sweeteners and health outcomes : systematic review and meta-analyses of randomised and non-randomised controlled trials and observational studies. BMJ, 2019.
Revue systématique · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1136/bmj.k4718 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30602577 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique financée par l'OMS, méthode Cochrane : 56 études, dont 35 d'observation. Chez l'adulte, preuves de certitude très faible à faible, issues de petites études : petit effet favorable sur l'indice de masse corporelle (−0,6 ; 2 études, 174 personnes). Aucun effet visible chez les adultes ou les enfants en surpoids qui cherchaient à maigrir (certitude très faible à modérée). Chez l'enfant, hausse moindre de l'IMC avec les édulcorants qu'avec le sucre (certitude modérée). La plupart des études étaient petites, courtes et de qualité limitée. Résumé lu.
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