Nutrition

Le sucre rend-il les enfants hyperactifs ?

En conclusion

Non. Dans les essais en double aveugle, le comportement des enfants ne change pas de façon mesurable après du sucre, y compris chez des enfants réputés sensibles ; un petit effet, ou un effet chez certains enfants, n'est pas exclu. Un essai montre que des parents qui croient leur enfant sous sucre le jugent plus agité, même sous placebo. Des études d'observation associent les boissons sucrées à des troubles de l'attention, sans montrer que le sucre en soit la cause.

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Par La rédaction d’Après Vérification
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Ce qu’on entend

Le sucre rendrait les enfants agités, voire hyperactifs : bonbons, gâteaux et sodas expliqueraient l'excitation après un goûter ou une fête d'anniversaire.

Une croyance répandue, et forte chez de nombreux parents, mise à l'épreuve par des essais en double aveugle.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : dans des études d'observation, les enfants qui boivent le plus de boissons sucrées ont un peu plus souvent des symptômes de trouble de l'attention avec hyperactivité, une association dont les auteurs soulignent les limites[1].
  • Mais une méta-analyse de 23 essais en double aveugle, où ni l'enfant ni les parents ne savaient s'il avait reçu du sucre ou un placebo, ne trouve pas d'effet mesurable sur le comportement ni sur les capacités cognitives ; ses auteurs n'excluent pas un petit effet, ou un effet chez certains enfants[2].
  • Chez des enfants décrits par leurs parents comme sensibles au sucre, trois semaines d'un régime très sucré n'ont rien changé à 39 mesures du comportement et des capacités cognitives[3].
  • Des mères à qui l'on avait dit, à tort, que leur fils avait reçu beaucoup de sucre l'ont jugé plus hyperactif que les autres, alors que tous avaient reçu un placebo[4].
  • Il y a d'autres raisons de limiter le sucre : l'OMS recommande de réduire les sucres libres, chez l'enfant comme chez l'adulte, à cause de leurs liens avec le poids et les caries[5].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Agitation ou hyperactivité après du sucre

    Solidité des preuves : Agitation ou hyperactivité après du sucre : Modérée

    Méta-analyse de 23 essais en double aveugle et essai de trois semaines concordants : pas d'effet mesurable ; essais anciens et petits.[2][3]

  • Rôle de l'attente des parents

    Solidité des preuves : Rôle de l'attente des parents : Faible

    Un essai : des mères qui croyaient leur fils sous sucre l'ont jugé plus agité, alors qu'il avait reçu un placebo.[4]

  • Lien entre boissons sucrées et trouble de l'attention

    Solidité des preuves : Lien entre boissons sucrées et trouble de l'attention : Faible

    Associations d'études d'observation d'ampleur variable, biais de publication possible ; une cohorte, imprécise, ne trouve pas de lien.[1][6][7]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Ce que montrent les essais en double aveugle

En 1995, une méta-analyse a réuni 23 études menées en double aveugle : chaque enfant recevait, à des moments différents, du sucre et un placebo (un édulcorant), sans que l'enfant, ses parents ni les chercheurs sachent lequel. Sur 14 types de mesures (observation directe du comportement, tests scolaires…), aucun effet moyen ne se distinguait d'une absence d'effet. Les auteurs n'excluent pas un petit effet, ou un effet chez certains enfants[2].

Dans un essai de 1994, deux groupes, 25 enfants de 3 à 5 ans sans particularité et 23 enfants de 6 à 10 ans décrits par leurs parents comme sensibles au sucre, ont suivi trois régimes de trois semaines chacun : riche en sucre, ou pauvre en sucre avec de l'aspartame ou de la saccharine. Chez les enfants « sensibles au sucre », aucune des 39 mesures du comportement et des capacités cognitives n'a différé d'un régime à l'autre ; chez les plus jeunes, 4 mesures sur 31 ont varié, sans logique d'ensemble. Les apports de sucre dépassaient pourtant ceux d'une alimentation habituelle[3].

Ce que voient les parents

Dans un essai, 35 garçons de 5 à 7 ans, décrits par leur mère comme sensibles au sucre, ont tous reçu un placebo. Les mères à qui l'on avait dit que leur fils avait reçu une forte dose de sucre l'ont jugé significativement plus hyperactif ; filmées avec lui, elles restaient plus proches de lui et, sans que l'écart soit significatif, avaient tendance à le critiquer et à lui parler davantage[4]. Pour les auteurs de la méta-analyse de 1995, la forte croyance des parents pourrait venir de cette attente et d'associations courantes[2].

Sucre et trouble de l'attention

En 2026, une méta-analyse de neuf études d'observation, soit 461 109 enfants et adolescents, associe une consommation plus élevée de boissons sucrées à un risque un peu plus élevé de trouble de l'attention avec hyperactivité ou de symptômes apparentés ; l'ampleur du lien varie d'une étude à l'autre, et un biais de publication est possible, si bien que les auteurs appellent à la prudence[1]. Une méta-analyse de 2020, sur sept études d'observation, trouvait une association du même ordre, avec des résultats très hétérogènes[6]. Dans une cohorte brésilienne de 2 924 enfants suivis de 6 à 11 ans, une consommation de sucre toujours élevée n'était pas associée à l'apparition de ce trouble, mais ce résultat est imprécis, car peu d'enfants l'ont développé[7]. Ces études ne permettent pas de dire si le sucre en est la cause. Les essais en double aveugle portent sur le comportement dans les jours ou les semaines qui suivent ; pour un effet à long terme sur l'apparition d'un trouble de l'attention, les données restent insuffisantes.

Pourquoi limiter le sucre quand même

L'OMS recommande de limiter les sucres libres (sucres ajoutés, miel, sirops, jus de fruits) à moins de 10 % de l'apport énergétique, chez l'enfant comme chez l'adulte, et si possible à moins de 5 %, en raison de leurs liens avec le poids et les caries[5]. En cas de doute sur l'attention ou l'agitation d'un enfant, c'est au médecin d'en rechercher les causes. Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Et l'aspartame, rend-il les enfants agités ?

Dans l'essai de 1994, un régime pauvre en sucre et édulcoré à l'aspartame n'a pas non plus modifié le comportement ni les capacités cognitives des enfants, même à des doses supérieures aux apports habituels[3].

Pourquoi les enfants semblent-ils si excités pendant les fêtes ?

Les essais en double aveugle ne trouvent pas d'effet mesurable du sucre sur le comportement[2], mais ils n'ont pas étudié l'ambiance des fêtes elle-même. Quand des parents croient que leur enfant a mangé beaucoup de sucre, ils le jugent plus agité, même s'il a reçu un placebo[4].

À lire aussi

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Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

7 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations4
  • Essais randomisés et rapports institutionnels2
  • Études d'observation et essais non randomisés1

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Shi B., Ma M.-J., Yang M. et al. Sugar-sweetened beverage consumption and attention-deficit/hyperactivity disorder symptoms in children and adolescents : a systematic review and meta-analysis of observational studies. Frontiers in Nutrition, 2026.

    Méta-analyse · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.3389/fnut.2026.1858738 (site externe, nouvel onglet)PubMed 42818612 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Neuf études d'observation, 461 109 enfants et adolescents : plus de boissons sucrées, plus de risque de TDAH ou de symptômes apparentés (1,23 ; IC 95 % 1,02 à 1,48), hétérogénéité modérée ; l'intervalle de prédiction (0,79 à 1,90) inclut l'absence d'effet, et une asymétrie suggère un biais de publication. Les auteurs appellent à la prudence et à des études prospectives de qualité. Résumé lu.

  2. 2

    Wolraich M.L., Wilson D.B., White J.W. The effect of sugar on behavior or cognition in children. A meta-analysis. JAMA, 1995.

    Méta-analyse · chez l'humain

    DOI 10.1001/jama.1995.03530200053037 (site externe, nouvel onglet)PubMed 7474248 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    16 publications, 23 études où chaque enfant reçoit tour à tour du sucre et un placebo (édulcorant), enfants, parents et chercheurs ne sachant pas lequel. Pour les 14 types de mesures (comportement, attention, résultats scolaires…), effets moyens de -0,14 à +0,30, tous compatibles avec une absence d'effet. Conclusion : le sucre n'affecte pas le comportement ni les performances cognitives des enfants ; la forte croyance des parents pourrait venir de l'attente et d'associations courantes ; un petit effet, ou un effet chez certains enfants, ne peut être exclu. Résumé lu.

  3. 3

    Wolraich M.L., Lindgren S.D., Stumbo P.J. et al. Effects of diets high in sucrose or aspartame on the behavior and cognitive performance of children. New England Journal of Medicine, 1994.

    Essai contrôlé randomisé · chez l'humain

    DOI 10.1056/NEJM199402033300501 (site externe, nouvel onglet)PubMed 8277950 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Essai contrôlé en double aveugle sur deux groupes : 25 enfants d'âge préscolaire (3 à 5 ans) sans particularité, et 23 enfants de 6 à 10 ans décrits par leurs parents comme sensibles au sucre ; trois régimes de trois semaines chacun (riche en saccharose ; pauvre en saccharose avec aspartame ; pauvre en saccharose avec saccharine, le placebo), sans additifs ni colorants. Enfants « sensibles au sucre » : aucune différence sur 39 mesures du comportement et des capacités cognitives ; plus jeunes : 4 mesures sur 31 différentes, sans logique d'ensemble. Conclusion : même au-delà des apports habituels, ni le saccharose ni l'aspartame n'affectent le comportement ni les fonctions cognitives. Résumé lu.

  4. 4

    Hoover D.W., Milich R. Effects of sugar ingestion expectancies on mother-child interactions. Journal of Abnormal Child Psychology, 1994.

    Essai contrôlé randomisé · chez l'humain

    DOI 10.1007/BF02168088 (site externe, nouvel onglet)PubMed 7963081 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    35 garçons de 5 à 7 ans décrits par leur mère comme « sensibles au sucre » ; tous ont reçu un placebo (aspartame). Les mères tirées au sort pour croire que leur fils avait reçu une forte dose de sucre l'ont jugé significativement plus hyperactif, et se sont montrées plus contrôlantes (plus proches de lui ; tendances, non significatives, à le critiquer, le regarder et lui parler davantage). Résumé lu.

  5. 5

    Organisation mondiale de la santé (OMS). Guideline : sugars intake for adults and children. OMS, Genève, 4 mars 2015, 2015.

    Recommandation de pratique · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Recommandation de l'OMS : réduire l'apport en sucres libres tout au long de la vie (recommandation forte) ; chez l'adulte et l'enfant, le limiter à moins de 10 % de l'apport énergétique total (recommandation forte) ; le réduire si possible sous 5 % (recommandation conditionnelle). Sucres libres : sucres ajoutés par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur, et sucres naturellement présents dans le miel, les sirops et les jus de fruits. Fondée sur les liens avec le poids (preuves de qualité faible à modérée) et les caries (très faible à modérée). Texte intégral lu (recommandations et remarques).

  6. 6

    Farsad-Naeimi A., Asjodi F., Omidian M. et al. Sugar consumption, sugar sweetened beverages and Attention Deficit Hyperactivity Disorder : A systematic review and meta-analysis. Complementary Therapies in Medicine, 2020.

    Méta-analyse · chez l'humain

    DOI 10.1016/j.ctim.2020.102512 (site externe, nouvel onglet)PubMed 33066852 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Sept études d'observation (deux transversales, deux cas-témoins, trois prospectives ; 25 945 personnes) : consommation de sucre et de boissons sucrées associée à plus de symptômes de TDAH (1,22 ; IC 95 % 1,04 à 1,42), avec une forte hétérogénéité (I² = 81,9 %). Les auteurs demandent des études qui tiennent compte des facteurs de confusion. Résumé lu.

  7. 7

    Del-Ponte B., Anselmi L., Assunção M.C.F. et al. Sugar consumption and attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD) : A birth cohort study. Journal of Affective Disorders, 2019.

    Étude de cohorte · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.1016/j.jad.2018.09.051 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30257225 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Cohorte de naissance de Pelotas (Brésil) : 2 924 enfants sans trouble de l'attention avec hyperactivité (TDAH) à 6 ans, suivis jusqu'à 11 ans. Une consommation de saccharose toujours élevée n'est pas associée à l'apparition d'un TDAH, chez les garçons (rapport de cotes 0,66 ; IC 95 % 0,21 à 2,04) comme chez les filles (2,71 ; 0,24 à 30,35). Limites : questionnaire alimentaire (mémoire, imprécision). Résumé lu.

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Thème : Nutrition

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