Nutrition
Faut-il boire 1,5 à 2 litres d'eau par jour ?
En conclusion
Pas forcément. Les repères européens, de 2 à 2,5 litres par jour, comptent aussi l'eau des aliments. En France, Santé publique France recommande l'eau « à volonté », et le thé ou le café comptent. Aucune étude ne justifie de boire une quantité fixe sans soif. Boire davantage a montré un bénéfice dans certains cas, comme les calculs rénaux, et les personnes âgées risquent de manquer d'eau.
Information, pas un avis médical : la rédaction ne compte aucun professionnel de santé. En savoir plus
Ce qu’on entend
Il faudrait boire au moins 1,5 à 2 litres d'eau par jour, même sans avoir soif, pour être en bonne santé.
Un repère répété partout, souvent sous la forme « huit verres d'eau par jour ».
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : l'Autorité européenne de sécurité des aliments fixe des apports adéquats de 2 litres d'eau par jour pour les femmes et de 2,5 litres pour les hommes ; mais ces chiffres comptent l'eau des boissons et celle des aliments, et valent pour une température et une activité modérées[1].
- En France, Santé publique France recommande l'eau « à volonté », sans quantité fixe, et compte le thé, le café et les infusions non sucrés dans l'apport en eau[2].
- Aucune étude ne soutient la règle des « huit verres par jour », selon une revue[3], et la quantité d'eau renouvelée chaque jour par le corps, mesurée chez 5 604 personnes, varie fortement selon l'âge, la corpulence, l'activité et le climat[4].
- Boire davantage a montré un effet dans des situations précises : après un premier calcul rénal, moins de récidives dans un essai[5], et chez des femmes sujettes aux cystites qui buvaient peu, presque deux fois moins de cystites[6].
- Boire beaucoup n'est pas sans risque lors d'efforts longs : au marathon de Boston, 13 % des coureurs testés à l'arrivée avaient trop peu de sodium dans le sang, plus souvent ceux qui avaient pris du poids pendant la course[7].
Solidité des preuves, effet par effet
Quantité fixe chez l'adulte en bonne santé
Solidité des preuves : Quantité fixe chez l'adulte en bonne santé : Très faibleAucun essai n'a testé une quantité fixe ; une revue ne trouve aucune étude à l'appui des « huit verres », et l'eau renouvelée chaque jour par le corps varie fortement d'une personne à l'autre.[1][3][4][9]
Récidives de calculs rénaux
Solidité des preuves : Récidives de calculs rénaux : FaiblePreuves de solidité faible selon une revue de 2026 : boire davantage pourrait réduire les récidives ; un essai de cinq ans trouve moins de récidives dans le groupe qui buvait beaucoup.[5][10]
Cystites à répétition chez des femmes qui buvaient peu
Solidité des preuves : Cystites à répétition chez des femmes qui buvaient peu : ModéréeUn essai randomisé d'un an, sans insu, chez 140 femmes : presque deux fois moins de cystites ; essai financé par un fabricant d'eau en bouteille.[6]
Déclin de la fonction des reins en cas de maladie rénale chronique
Solidité des preuves : Déclin de la fonction des reins en cas de maladie rénale chronique : ModéréeUn essai randomisé chez 631 personnes : pas de ralentissement en un an ; puissance peut-être insuffisante selon les auteurs.[11]
Hyponatrémie lors d'efforts longs
Solidité des preuves : Hyponatrémie lors d'efforts longs : FaibleUne étude d'observation au marathon de Boston : 13 % des coureurs testés avaient trop peu de sodium dans le sang, plus souvent ceux qui avaient pris du poids pendant la course.[7]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Une règle sans étude pour la soutenir
En 2002, un chercheur qui a cherché l'origine de la règle des « huit verres par jour », environ 2 litres, n'a trouvé aucune étude pour la soutenir. Sa conclusion vaut pour des adultes en bonne santé, peu actifs, en climat tempéré ; il rappelle que les boissons contenant de la caféine comptent dans le total, et que des apports élevés se justifient dans certaines maladies, en cas d'effort intense ou de forte chaleur[3].
En 2022, une étude a mesuré, grâce à de l'eau marquée, toute l'eau qui entre et sort chaque jour du corps de 5 604 personnes de 23 pays, âgées de 8 jours à 96 ans. Ce renouvellement varie avec l'âge, la corpulence, l'activité physique, la grossesse, la température, l'humidité et l'altitude : chez l'adulte, il va d'environ 1 à 1,5 litre par jour à environ 6 litres. Pour les auteurs, une même consigne ne peut pas convenir à tous, et la règle des huit verres n'est pas étayée par des données objectives[4].
Ce que recommandent les autorités
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé en 2010 des apports adéquats de 2 litres par jour pour les femmes et de 2,5 litres pour les hommes, les mêmes pour les personnes âgées. Ces apports comprennent l'eau de boisson, les boissons de toutes sortes et l'eau contenue dans les aliments, et ne valent que pour une température et une activité modérées[1]. En France, Santé publique France retient un repère plus simple : « la seule boisson recommandée est l'eau, à volonté » ; le thé, le café et les infusions non sucrés contribuent à l'apport en eau[2].
Les personnes âgées demandent plus d'attention : la Société européenne de nutrition clinique et métabolisme considère qu'elles sont toutes à risque de déshydratation par manque d'apport, et recommande de les encourager à boire suffisamment[8].
Quand boire plus a un effet
Une revue de 18 essais publiée en 2024 juge les preuves limitées en nombre et en qualité : quelques études suggèrent un bénéfice sur la perte de poids et sur les calculs rénaux, et des études isolées sur d'autres troubles, comme la migraine ou les cystites ; huit des dix-huit études n'ont trouvé aucun bénéfice[9].
Dans un essai, 199 personnes qui venaient d'avoir un premier calcul rénal ont été tirées au sort : la moitié devait boire beaucoup d'eau. En cinq ans, 12 sur 99 ont récidivé, contre 27 sur 100 dans l'autre groupe[5]. Une revue de 2026 conclut que, chez l'adulte ayant eu des calculs de calcium, boire davantage pourrait réduire les récidives, avec des preuves de solidité faible[10].
Chez 140 femmes qui buvaient moins de 1,5 litre par jour et avaient eu au moins trois cystites dans l'année, celles qui devaient boire 1,5 litre d'eau de plus par jour ont eu 1,7 cystite en moyenne dans l'année, contre 3,2 dans le groupe sans boisson supplémentaire. L'essai a été financé par un fabricant d'eau en bouteille, dont quatre salariés figurent parmi les auteurs[6]. À l'inverse, chez 631 personnes atteintes d'une maladie rénale chronique, les encourager à boire plus n'a pas ralenti le déclin de la fonction des reins en un an ; cet essai, financé en partie par le même groupe, manquait peut-être de puissance selon ses auteurs[11].
Trop d'eau, c'est possible
Au marathon de Boston, en 2002, 13 % des 488 coureurs testés à l'arrivée avaient trop peu de sodium dans le sang, et 0,6 % un manque grave. Après ajustement, ce manque de sodium était associé à une prise de poids pendant la course, à une course de plus de quatre heures et à une corpulence très faible ou très forte ; dans une première analyse, avoir bu plus de 3 litres pendant la course l'était aussi[7]. En cas de maladie, c'est au médecin de dire combien boire. Ce site ne remplace pas un avis médical.
Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Le café et le thé comptent-ils ?
La soif est-elle un bon guide ?
Chez l'adulte en bonne santé, une revue de 2002 souligne la précision des mécanismes qui maintiennent l'équilibre en eau du corps[3], et Santé publique France recommande de boire de l'eau à volonté[2]. Ce n'est pas vrai pour tout le monde : les personnes âgées sont considérées comme à risque de déshydratation par manque d'apport[8].
Faut-il boire plus quand il fait chaud ou pendant le sport ?
Les besoins augmentent : les repères de l'EFSA ne valent que pour une chaleur et une activité modérées[1], et la quantité d'eau renouvelée par le corps croît avec l'activité physique, la température et l'humidité[4]. Mais boire beaucoup a aussi ses limites : au marathon de Boston, les coureurs qui avaient pris du poids pendant la course avaient plus souvent trop peu de sodium dans le sang[7].
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Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water. EFSA Journal 2010;8(3):1459, 2010.
Rapport institutionnel · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Avis du groupe scientifique NDA de l'EFSA, adopté le 4 décembre 2009, publié le 25 mars 2010. Apports adéquats en eau fixés à partir des apports observés, de l'osmolarité urinaire souhaitable et du volume d'eau par unité d'énergie : 2,0 L par jour pour les femmes (95e centile 3,1 L) et 2,5 L pour les hommes (95e centile 4,0 L), dès 14 ans ; mêmes valeurs pour les personnes âgées ; environ 300 ml de plus pendant la grossesse et 700 ml pendant l'allaitement. Ces valeurs comprennent l'eau de boisson, les boissons de toutes sortes et l'eau des aliments, et ne valent que pour une température ambiante et une activité physique modérées. Résumé lu (copie archivée, le site de l'EFSA renvoyant une erreur 403).
- 2
Delamaire C., Escalon E., Noirot L. Recommandations relatives à l'alimentation, à l'activité physique et à la sédentarité pour les adultes. Santé publique France, Saint-Maurice, 2018.
Recommandation de pratique · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Recommandations officielles du Programme national nutrition santé pour les adultes, établies par Santé publique France à partir des rapports de l'Anses et de l'avis du Haut Conseil de la santé publique. Produits laitiers (lait, yaourts, fromage, fromage blanc), recommandation principale : « 2 produits laitiers par jour », « par exemple un yaourt nature et un morceau de fromage » ; la crème fraîche, le beurre et les desserts lactés ne comptent pas. Couverture et dépôt légal : décembre 2018 ; la citation suggérée par le document indique 2017. ISBN 979-10-289-0505-7. Passages lus dans le texte intégral (61 pages).
- 3
Valtin H. "Drink at least eight glasses of water a day." Really ? Is there scientific evidence for "8 x 8" ? American Journal of Physiology. Regulatory, Integrative and Comparative Physiology, 2002.
Revue narrative · chez l'humain
DOI 10.1152/ajpregu.00365.2002 (site externe, nouvel onglet)PubMed 12376390 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue cherchant l'origine et les preuves de la règle « au moins huit verres de 8 onces d'eau par jour » : aucune étude scientifique ne la soutient ; les enquêtes d'apports suggèrent que de telles quantités ne sont pas nécessaires chez l'adulte en bonne santé. Les boissons contenant de la caféine comptent dans le total ; le système qui règle l'équilibre en eau du corps est précis et efficace. Conclusion limitée aux adultes en bonne santé, en climat tempéré et peu actifs ; des apports élevés restent indiqués pour traiter ou prévenir certaines maladies, et lors d'un travail ou d'un exercice intense, surtout par forte chaleur. Résumé lu.
- 4
Yamada Y., Zhang X., Henderson M.E.T. et al. Variation in human water turnover associated with environmental and lifestyle factors. Science, 2022.
Étude transversale · chez l'humain · n = 5 604 · accès libre
DOI 10.1126/science.abm8668 (site externe, nouvel onglet)PubMed 36423296 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Renouvellement quotidien de l'eau du corps (toute l'eau qui entre et sort, y compris celle des aliments et du métabolisme) mesuré par marquage isotopique chez 5 604 personnes de 8 jours à 96 ans, dans 23 pays. Il varie avec l'âge, la taille et la composition du corps, l'activité physique, le statut d'athlète, la grossesse, le niveau socio-économique, la latitude, l'altitude, la température et l'humidité ; chez l'adulte, il va d'environ 1 à 1,5 L par jour à environ 6 L. Selon les auteurs, une même consigne ne convient pas à tous, et la règle des 8 verres de 8 onces (environ 2 L) n'est pas étayée par des données objectives. Texte intégral lu.
- 5
Borghi L., Meschi T., Amato F. et al. Urinary volume, water and recurrences in idiopathic calcium nephrolithiasis : a 5-year randomized prospective study. Journal of Urology, 1996.
Essai contrôlé randomisé · chez l'humain · n = 199
DOI 10.1016/S0022-5347(01)66321-3 (site externe, nouvel onglet)PubMed 8583588 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
199 patients après un premier calcul rénal calcique, tirés au sort entre un apport élevé en eau sans changement alimentaire et aucun traitement, suivis 5 ans. Récidives : 12 sur 99 dans le groupe eau, 27 sur 100 dans l'autre (p = 0,008) ; délai moyen avant récidive 38,7 mois contre 25,1. Résumé lu.
- 6
Hooton T.M., Vecchio M., Iroz A. et al. Effect of Increased Daily Water Intake in Premenopausal Women With Recurrent Urinary Tract Infections : A Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine, 2018.
Essai contrôlé randomisé · chez l'humain · n = 140 · accès libre
DOI 10.1001/jamainternmed.2018.4204 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30285042 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Essai ouvert de 12 mois, 140 femmes non ménopausées ayant eu au moins trois cystites l'année précédente et buvant moins de 1,5 L par jour. Boire 1,5 L d'eau de plus par jour : 1,7 cystite en moyenne sur l'année contre 3,2 sans boisson supplémentaire ; moins de traitements antibiotiques (1,9 contre 3,6). Texte intégral lu pour les déclarations.
- 7
Almond C.S.D., Shin A.Y., Fortescue E.B. et al. Hyponatremia among runners in the Boston Marathon. New England Journal of Medicine, 2005.
Étude de cohorte · chez l'humain · n = 488
DOI 10.1056/NEJMoa043901 (site externe, nouvel onglet)PubMed 15829535 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Marathon de Boston 2002 : sur 488 coureurs ayant donné un échantillon de sang à l'arrivée, 13 % avaient une hyponatrémie (sodium sanguin de 135 mmol/l ou moins) et 0,6 % une hyponatrémie grave (120 mmol/l ou moins). Facteurs associés : prise de poids pendant la course, durée de course de plus de 4 heures, indice de masse corporelle extrême ; en analyse simple, aussi plus de 3 L de boissons pendant la course. Résumé lu.
- 8
Volkert D., Beck A.M., Cederholm T. et al. ESPEN guideline on clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clinical Nutrition, 2019.
Recommandation de pratique · chez l'humain
DOI 10.1016/j.clnu.2018.05.024 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30005900 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Recommandation de la Société européenne de nutrition clinique et métabolisme (ESPEN), fondée sur une recherche systématique de la littérature. Toutes les personnes âgées doivent être considérées comme à risque de déshydratation par manque d'apport et encouragées à boire des quantités suffisantes. Résumé lu.
- 9
Hakam N., Guzman Fuentes J.L., Nabavizadeh B. et al. Outcomes in Randomized Clinical Trials Testing Changes in Daily Water Intake : A Systematic Review. JAMA Network Open, 2024.
Revue systématique · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1001/jamanetworkopen.2024.47621 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39585691 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique jusqu'au 6 avril 2023 : 18 essais randomisés (dont 3 croisés) modifiant la quantité d'eau bue chaque jour, de 4 jours à 5 ans. Boire davantage est associé à une perte de poids plus importante et à moins de calculs rénaux (15 événements de moins pour 100 participants sur 5 ans) ; des études isolées suggèrent un bénéfice pour la migraine, les infections urinaires, le contrôle du diabète et l'hypotension. 10 études rapportent au moins un résultat positif, 8 des résultats négatifs. Les auteurs jugent la qualité et la quantité des preuves limitées. Résumé et déclarations lus.
- 10
Asher G.N., Viprakasit D.P., Aymes S.E. et al. Prevention of Recurrent Nephrolithiasis in Adults and Children : A Systematic Review. Annals of Internal Medicine, 2026.
Revue systématique · chez l'humain
DOI 10.7326/ANNALS-25-04452 (site externe, nouvel onglet)PubMed 41871357 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique de 31 études (26 essais randomisés) jusqu'en décembre 2025. Chez l'adulte ayant eu des calculs d'oxalate ou de phosphate de calcium, boire davantage, une alimentation normale ou riche en calcium et pauvre en protéines et en sel, et plusieurs médicaments pourraient réduire les récidives (preuves de solidité faible). Résumé lu.
- 11
Clark W.F., Sontrop J.M., Huang S.-H. et al. Effect of Coaching to Increase Water Intake on Kidney Function Decline in Adults With Chronic Kidney Disease : The CKD WIT Randomized Clinical Trial. JAMA, 2018.
Essai contrôlé randomisé · chez l'humain · n = 631 · accès libre
DOI 10.1001/jama.2018.4930 (site externe, nouvel onglet)PubMed 29801012 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
631 adultes atteints de maladie rénale chronique de stade 3, encouragés à boire plus d'eau ou à garder leurs habitudes. Volume d'urine plus élevé de 0,6 L par jour dans le groupe eau, mais pas de ralentissement du déclin de la fonction rénale en un an (différence −0,3 ml/min/1,73 m², IC 95 % −1,8 à 1,2). Les auteurs notent que l'essai manquait peut-être de puissance. Texte intégral lu pour les déclarations.
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