Santé mentale
Faut-il faire baisser son cortisol ?
En conclusion
Pas sans raison médicale. Le cortisol est une hormone indispensable, et en manquer est grave. Son excès durable, le syndrome de Cushing, est une maladie rare, diagnostiquée par des tests précis ; d'autres situations, comme un trouble de l'usage de l'alcool, peuvent l'élever modérément. La « fatigue surrénalienne » n'est pas une maladie reconnue. La méditation ou la relaxation font baisser en moyenne le cortisol mesuré, mais leurs effets sur la santé à long terme restent à étudier.
Information, pas un avis médical : la rédaction ne compte aucun professionnel de santé. En savoir plus
Ce qu’on entend
Le cortisol, « l'hormone du stress », serait souvent trop élevé : il faudrait le faire baisser, avec des compléments ou des routines, pour maigrir, mieux dormir et être en meilleure santé.
Une idée très présente sur les réseaux sociaux.
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : un cortisol qui baisse peu entre le matin et le soir est associé à une moins bonne santé, physique et psychique, dans une méta-analyse de 80 études[1] ; et la méditation ou la relaxation font baisser en moyenne le cortisol mesuré, selon une méta-analyse de 58 essais[2].
- Le cortisol est indispensable : en manquer, dans l'insuffisance surrénalienne, expose à une crise aiguë qui peut être mortelle[3].
- Le syndrome de Cushing, un excès durable de cortisol produit par l'organisme, est une maladie rare, qui touche quelques personnes par million d'habitants et par an au Danemark[4] ; il se recherche en cas de signes multiples qui s'aggravent ou d'une masse des surrénales découverte par hasard, avec des tests précis et l'avis d'un endocrinologue[5]. Des troubles psychiatriques, un trouble de l'usage de l'alcool ou l'obésité peuvent aussi élever modérément le cortisol, sans syndrome de Cushing[6].
- La « fatigue surrénalienne », invoquée par certains praticiens et médias, n'est reconnue par aucune société d'endocrinologie, et une revue de 58 études n'a trouvé aucune preuve qu'elle existe[7].
- Les essais mesurent le cortisol, pas la santé à long terme : les auteurs de la méta-analyse de 2024 appellent à étudier ces conséquences[2].
Solidité des preuves, effet par effet
Baisse du cortisol avec la méditation et la relaxation
Solidité des preuves : Baisse du cortisol avec la méditation et la relaxation : ModéréeMéta-analyse de 58 essais randomisés chez des personnes sans maladie : baisse du cortisol mesuré, plus nette avec la pleine conscience et la relaxation ; interventions et mesures variées.[2][8]
Bénéfice pour la santé de faire baisser son cortisol
Solidité des preuves : Bénéfice pour la santé de faire baisser son cortisol : Très faibleLes essais mesurent le cortisol, pas la santé à long terme ; le lien avec la santé repose sur des études d'observation.[1][2]
Rythme du cortisol et santé
Solidité des preuves : Rythme du cortisol et santé : FaibleMéta-analyse de 80 études d'observation : un cortisol qui baisse peu entre le matin et le soir est associé à une moins bonne santé, sans lien de cause établi.[1]
Existence de la « fatigue surrénalienne »
Solidité des preuves : Existence de la « fatigue surrénalienne » : Très faibleRevue de 58 études : résultats contradictoires, mesures du cortisol non validées ; aucune société d'endocrinologie ne reconnaît cette maladie.[7]
Baisse du cortisol avec l'ashwagandha
Solidité des preuves : Baisse du cortisol avec l'ashwagandha : FaibleMéta-analyse de 9 essais contre placebo : cortisol sanguin plus bas ; essais courts, sécurité au long cours non établie selon l'Anses.[9][10]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Une hormone indispensable
Le cortisol est une hormone des glandes surrénales. Quand il manque, ce qu'on appelle une insuffisance surrénalienne, les signes sont peu précis : fatigue chez 50 à 95 % des malades, nausées, perte d'appétit et de poids. Sans traitement adapté, une crise peut entraîner une chute de tension, un état de choc et la mort. Les formes dues à une maladie des surrénales ou de l'hypophyse sont rares, moins de 279 cas par million d'habitants, mais celle qui suit l'arrêt d'un traitement par corticoïdes est fréquente[3].
Quand il est vraiment trop élevé
Un excès durable de cortisol produit par l'organisme définit le syndrome de Cushing. Au Danemark, sur onze ans, la maladie de Cushing, sa forme la plus courante, touchait 1,2 à 1,7 personne par million d'habitants et par an, les autres formes encore moins ; ce syndrome rare s'accompagne d'une mortalité accrue[4]. L'Endocrine Society, une société savante d'endocrinologie, recommande de ne le rechercher, après avoir écarté une prise de corticoïdes, que chez les personnes qui ont plusieurs signes évocateurs qui s'aggravent ou une masse des surrénales découverte par hasard lors d'un examen d'imagerie, avec un test fiable (cortisol des urines, cortisol de la salive tard le soir ou test de freinage), puis de confier tout résultat anormal à un endocrinologue[5].
Le cortisol peut aussi être modérément élevé sans syndrome de Cushing. Selon un consensus de spécialistes publié en 2021, des troubles psychiatriques, un trouble de l'usage de l'alcool, un syndrome des ovaires polykystiques ou l'obésité peuvent stimuler sa production et rendre les tests anormaux, presque toujours à moins de trois fois la normale pour le cortisol des urines ; d'autres examens peuvent alors aider à faire la différence[6].
La « fatigue surrénalienne »
L'expression désigne une prétendue maladie causée par le stress chronique. Une revue systématique de 2016 a retenu 58 études : leurs résultats se contredisent presque toujours, souvent avec des mesures du cortisol que les endocrinologues ne reconnaissent pas. Ses auteurs, qui n'ont reçu aucun financement, concluent que rien ne prouve que ce soit une maladie, et rappellent qu'aucune société d'endocrinologie ne la reconnaît[7]. Une fatigue qui dure a de nombreuses causes possibles, dont une vraie insuffisance surrénalienne : c'est au médecin de les rechercher.
Ce que font les méthodes « anti-stress »
Une méta-analyse de 58 essais, chez 3 508 personnes sans maladie, trouve que les programmes de gestion du stress font baisser en moyenne le cortisol mesuré dans le sang, la salive ou les cheveux. La pleine conscience, la méditation et la relaxation ont les effets les plus nets ; ceux des thérapies par la parole et des pratiques associant le corps et l'esprit sont plus faibles et non significatifs. Ses auteurs appellent à étudier les conséquences à plus long terme pour la santé[2]. Une autre, de 42 essais, associe le yoga à un cortisol plus bas le soir et au réveil, mais les programmes étudiés étaient très différents[8].
Les personnes dont le cortisol baisse peu entre le matin et le soir ont en moyenne une moins bonne santé, surtout pour l'immunité et l'inflammation. C'est une association, et ses auteurs discutent si ce rythme est un simple signe de la maladie ou l'une de ses causes[1]. Une baisse de ce marqueur ne montre pas, à elle seule, un bénéfice pour la santé, et rien de cela ne montre qu'il faille faire baisser son cortisol sans raison médicale. Ce site ne remplace pas un avis médical.
Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Peut-on mesurer son cortisol soi-même ?
Le cortisol change au cours de la journée, du matin au soir[1]. Pour rechercher un syndrome de Cushing, l'Endocrine Society retient le cortisol des urines, celui de la salive tard le soir ou un test de freinage, puis, si le résultat est anormal, l'avis d'un endocrinologue[5]. Chez une même personne, le cortisol des urines peut varier jusqu'à 50 % d'un recueil à l'autre : un consensus de spécialistes recommande au moins deux ou trois recueils des urines de 24 heures, ou deux ou trois prélèvements de salive[6]. La revue sur la « fatigue surrénalienne » relève l'usage fréquent de mesures que les endocrinologues ne valident pas[7].
L'ashwagandha fait-il baisser le cortisol ?
Avec l'ashwagandha, une méta-analyse de 9 essais contre placebo trouve un cortisol sanguin plus bas[9]. Mais l'Anses estime qu'aucun niveau de consommation sans risque ne peut être défini, et déconseille notamment la plante pendant la grossesse et en cas de maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur[10].
Le sport fait-il monter le cortisol ?
Oui, de façon passagère : les séances de musculation intenses, avec beaucoup de séries, peu de repos et de grands groupes musculaires, font monter le cortisol, comme la testostérone et l'hormone de croissance, dans le cadre de la réponse de l'organisme à l'effort[11].
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Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Adam E.K., Quinn M.E., Tavernier R. et al. Diurnal cortisol slopes and mental and physical health outcomes : A systematic review and meta-analysis. Psychoneuroendocrinology, 2017.
Méta-analyse · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1016/j.psyneuen.2017.05.018 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28578301 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
179 associations issues de 80 études jusqu'en janvier 2015 : une pente de cortisol plus plate entre le matin et le soir est associée à une moins bonne santé (r = 0,147), dans 10 des 12 catégories de santé physique et psychique étudiées ; effet le plus net pour l'immunité et l'inflammation (r = 0,288). Les auteurs discutent un rôle de marqueur ou de mécanisme de la maladie. Résumé lu.
- 2
Rogerson O., Wilding S., Prudenzi A. et al. Effectiveness of stress management interventions to change cortisol levels : a systematic review and meta-analysis. Psychoneuroendocrinology, 2024.
Méta-analyse · chez l'humain
DOI 10.1016/j.psyneuen.2023.106415 (site externe, nouvel onglet)PubMed 37879237 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
58 essais randomisés, 3 508 personnes sans maladie : les programmes de gestion du stress font baisser le cortisol mesuré dans le sang, la salive ou les cheveux par rapport aux groupes témoins (g = 0,282, qualifié de moyen par les auteurs) ; pleine conscience et méditation (g = 0,345) et relaxation (g = 0,347) les plus efficaces, effets plus faibles et non significatifs pour les approches corps-esprit et les thérapies par la parole. Pas de biais de publication détecté. Les auteurs appellent à étudier les conséquences à plus long terme pour la santé. Résumé lu.
- 3
Vaidya A., Findling J., Bancos I. Adrenal Insufficiency in Adults : A Review. JAMA, 2025.
Revue narrative · chez l'humain
DOI 10.1001/jama.2025.5485 (site externe, nouvel onglet)PubMed 40522647 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue sur l'insuffisance surrénalienne de l'adulte (manque de cortisol). Formes primaire et secondaire rares (moins de 279 cas par million d'habitants) ; forme due aux corticoïdes fréquente. Signes peu spécifiques : fatigue (50 à 95 %), nausées et vomissements (20 à 62 %), perte d'appétit et de poids (43 à 73 %). Diagnostic par dosage du cortisol, de la corticotropine et de la DHEAS tôt le matin. Sans traitement adapté, la crise surrénalienne peut entraîner hypotension, choc, hyponatrémie, confusion et décès. Résumé lu.
- 4
Lindholm J., Juul S., Jørgensen J.O. et al. Incidence and late prognosis of cushing's syndrome : a population-based study. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2001.
Étude de cohorte · chez l'humain
DOI 10.1210/jcem.86.1.7093 (site externe, nouvel onglet)PubMed 11231987 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Tous les cas de syndrome de Cushing diagnostiqués au Danemark en 11 ans. Incidence : 1,2 à 1,7 par million d'habitants et par an pour la maladie de Cushing, 0,6 pour l'adénome surrénalien, 0,2 pour le carcinome surrénalien ; les autres formes sont rares. Mortalité accrue (rapport standardisé 3,68), surtout la première année. Conclusion : le syndrome de Cushing est rare et associé à une mortalité accrue. Résumé lu.
- 5
Nieman L.K., Biller B.M.K., Findling J.W. et al. The diagnosis of Cushing's syndrome : an Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2008.
Recommandation de pratique · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1210/jc.2008-0125 (site externe, nouvel onglet)PubMed 18334580 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Recommandation de l'Endocrine Society. Après avoir écarté une prise de corticoïdes, rechercher un syndrome de Cushing chez les patients présentant des signes multiples et évolutifs compatibles, surtout les plus discriminants, et en cas d'incidentalome surrénalien. Un premier test de bonne précision : cortisol libre urinaire, cortisol salivaire en fin de soirée, test de freinage à la dexaméthasone. Tout résultat anormal : avis d'un endocrinologue et second test. Résumé lu.
- 6
Fleseriu M., Auchus R., Bancos I. et al. Consensus on diagnosis and management of Cushing's disease : a guideline update. Lancet Diabetes & Endocrinology, 2021.
Recommandation de pratique · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1016/S2213-8587(21)00235-7 (site externe, nouvel onglet)PubMed 34687601 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Consensus de la Pituitary Society, plus de 50 spécialistes. Les troubles psychiatriques, le trouble de l'usage de l'alcool, le syndrome des ovaires polykystiques et l'obésité peuvent activer l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ; les tests (freinage, cortisol salivaire en fin de soirée, cortisol libre urinaire) peuvent alors être anormaux, « pseudo-Cushing », mais modérément (cortisol urinaire presque toujours à moins de trois fois la normale) ; d'autres tests aident à faire la différence. Cortisol urinaire : deux ou trois recueils de 24 heures, la variabilité d'un recueil à l'autre pouvant atteindre 50 % ; cortisol salivaire : au moins deux ou trois tests. Texte intégral lu.
- 7
Cadegiani F.A., Kater C.E. Adrenal fatigue does not exist : a systematic review. BMC Endocrine Disorders, 2016.
Revue systématique · chez l'humain · accès libre
DOI 10.1186/s12902-016-0128-4 (site externe, nouvel onglet)PubMed 27557747 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
La « fatigue surrénalienne », prétendue maladie due à une exposition chronique au stress, n'est reconnue par aucune société d'endocrinologie. 58 études retenues sur 3 470 : résultats contradictoires de façon presque systématique ; mesures du cortisol souvent non validées par les endocrinologues ; conclusions abusives sur la causalité. Conclusion : rien ne prouve que la « fatigue surrénalienne » soit une maladie réelle. Erratum (PMID 27852255, lu) : correction d'une case d'un tableau, sans changement des conclusions. Résumé et déclarations lus.
- 8
Pascoe M.C., Thompson D.R., Ski C.F. Yoga, mindfulness-based stress reduction and stress-related physiological measures : A meta-analysis. Psychoneuroendocrinology, 2017.
Méta-analyse · chez l'humain
DOI 10.1016/j.psyneuen.2017.08.008 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28963884 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
42 essais randomisés comparant des pratiques incluant des postures de yoga à un groupe témoin actif : cortisol du soir et du réveil plus bas, ainsi que tension artérielle ambulatoire, fréquence cardiaque, glycémie à jeun et cholestérol ; interventions hétérogènes. Résumé lu.
- 9
Arumugam V., Vijayakumar V., Balakrishnan A. et al. Effects of Ashwagandha (Withania Somnifera) on stress and anxiety : A systematic review and meta-analysis. Explore, 2024.
Méta-analyse · chez l'humain
DOI 10.1016/j.explore.2024.103062 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39348746 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Méta-analyse de 9 essais randomisés (558 patients) contre placebo : score de stress perçu (échelle PSS) plus bas de 4,7 points, anxiété (échelle de Hamilton) plus basse de 2,2 points, cortisol sanguin plus bas. Effets indésirables légers à modérés dans quatre essais ; la sécurité d'une prise prolongée reste à établir. Résumé lu.
- 10
Anses. Avis relatif aux risques liés à l'utilisation des préparations de Withania somnifera (L.) Dunal dans les compléments alimentaires. Anses, 2024.
Rapport institutionnel · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Avis du 19 avril 2024 (saisine 2021-SA-0077). Impossible de définir un niveau de consommation sans risque, faute de données de qualité suffisante, comme l'Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas ; le Danemark et l'Allemagne recommandent de ne pas utiliser la plante dans les compléments alimentaires. Compte tenu de suspicions d'effets indésirables sur la thyroïde, le foie, le cœur, le système nerveux central, la fertilité et le développement fœtal, recommande de s'abstenir en cas de pathologie thyroïdienne, hépatique ou cardiaque, d'hyperandrogénie, de grossesse ou de traitement sédatif ; par précaution, pas avant 18 ans ni pendant l'allaitement. Effets sédatifs : déconseillé en cas de conduite ou d'utilisation de machines. Signaler sa consommation à son médecin et éviter de cumuler les compléments. Nutrivigilance : 8 déclarations de 2009 à septembre 2023, surtout digestives, somnolence ou cutanées, sans décès. Texte intégral lu.
- 11
Kraemer W.J., Ratamess N.A. Hormonal responses and adaptations to resistance exercise and training. Sports Medicine, 2005.
Revue narrative · chez l'humain
DOI 10.2165/00007256-200535040-00004 (site externe, nouvel onglet)PubMed 15831061 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue : la musculation entraîne une réponse hormonale aiguë. Les séances à volume élevé, d'intensité moyenne à élevée, avec des repos courts et sollicitant une grande masse musculaire, produisent les plus fortes hausses aiguës de testostérone, d'hormone de croissance et de cortisol. Résumé lu.
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