Médecines alternatives · Sommeil

L'ashwagandha réduit-il vraiment le stress ?

En conclusion

Peut-être un peu, mais ce n'est pas solidement démontré. Dans de petits essais de quelques semaines, l'ashwagandha est associé à moins de stress ressenti qu'un placebo, avec une certitude des preuves faible. Et la plante n'est pas sans risque : des atteintes du foie ont été décrites, et l'Anses la déconseille notamment pendant la grossesse et en cas de maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur.

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Par La rédaction d’Après Vérification
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Ce qu’on entend

L'ashwagandha, une plante présentée comme « adaptogène », réduirait le stress et l'anxiété et aiderait à mieux dormir : une solution naturelle et sans risque.

Une plante de la médecine traditionnelle indienne : plus de 250 compléments alimentaires en contenant ont été déclarés en France entre 2016 et 2021.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : dans des essais contre placebo, l'ashwagandha est associé à moins de stress et d'anxiété[1].
  • Mais ces essais sont petits, courts et très hétérogènes, et la certitude des preuves est jugée faible[2].
  • L'effet sur le sommeil est jugé faible, même s'il est significatif[3].
  • Des atteintes du foie ont été décrites, le plus souvent réversibles, mais parfois mortelles chez des personnes déjà malades du foie[4].
  • L'Anses déconseille la plante pendant la grossesse et l'allaitement, avant 18 ans, en cas de maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur, et juge impossible de définir une dose sans risque[5].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Stress ressenti

    Solidité des preuves : Stress ressenti : Faible

    Méta-analyses d'essais contre placebo concordantes, mais petits essais courts et très hétérogènes ; certitude jugée faible par leurs auteurs.[1][2][6]

  • Anxiété

    Solidité des preuves : Anxiété : Faible

    Anxiété plus basse qu'avec un placebo, avec une très forte hétérogénéité et des défauts de l'aveugle ; certitude jugée faible.[1][2]

  • Sommeil

    Solidité des preuves : Sommeil : Faible

    Effet faible mais significatif dans une méta-analyse de 5 essais ; certitude jugée faible dans une revue plus récente.[2][3]

  • Atteintes du foie

    Solidité des preuves : Atteintes du foie : Très faible

    Séries de cas seulement : atteintes le plus souvent réversibles, parfois mortelles en cas de maladie du foie préexistante. Fréquence inconnue.[4][8]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Une plante présentée comme « adaptogène »

L'ashwagandha (Withania somnifera) est une plante de la médecine traditionnelle indienne, souvent présentée comme « adaptogène », c'est-à-dire censée aider l'organisme à résister au stress[2]. En France, plus de 250 compléments alimentaires en contenant ont été déclarés entre 2016 et 2021. Leur teneur en withanolides, les principaux composés de la plante, n'est que très rarement indiquée, et les extraits étudiés sont trop mal décrits pour relier une dose à un effet[5].

Ce que montrent les essais

Plusieurs méta-analyses d'essais contre placebo vont dans le même sens. La plus large, de 12 essais et 1 002 participants, trouve moins de stress et d'anxiété avec l'ashwagandha, mais des résultats très différents d'un essai à l'autre et une certitude des preuves jugée faible par ses auteurs[1]. Une autre, de 9 essais et 558 personnes, trouve un score de stress perçu plus bas de 4,7 points et un cortisol sanguin un peu plus bas[6]. Chez des personnes ayant un trouble psychique, surtout anxieux, une revue de 14 essais trouve une amélioration de l'anxiété, du stress et du sommeil. Mais les essais sont courts, 8 semaines en médiane, menés surtout en Inde et en Iran, et l'aveugle n'y est pas toujours garanti : la certitude reste faible[2].

Pour le sommeil, une méta-analyse de 5 essais et 400 participants juge l'effet « faible mais significatif », plus net chez les personnes souffrant d'insomnie[3]. L'agence américaine des médecines complémentaires estime que certaines préparations pourraient aider contre l'insomnie et le stress, mais que les données sur l'anxiété sont peu claires[7].

Des risques à connaître

Des atteintes du foie ont été décrites. Dans une série de cinq cas en Islande et aux États-Unis, une jaunisse est apparue après 2 à 12 semaines, puis le foie s'est rétabli en 1 à 5 mois[8]. Dans une série de huit cas en Inde, trois personnes qui avaient déjà une maladie chronique du foie sont décédées[4]. L'Anses relève aussi des suspicions d'effets sur la thyroïde, le cœur, le système nerveux, la fertilité et le développement du fœtus, ainsi que des effets sédatifs observés dans les essais. En France, 8 effets indésirables ont été déclarés à son dispositif de nutrivigilance entre 2009 et 2023, surtout digestifs, de la somnolence ou des réactions de la peau[5]. Selon l'agence américaine, la plante est peut-être sûre jusqu'à environ trois mois, mais sa sécurité à plus long terme n'est pas connue[7].

Ce que recommande l'Anses

Dans un avis d'avril 2024, l'Anses estime, comme les autorités allemandes, danoises et néerlandaises, qu'aucun niveau de consommation sans risque ne peut être défini ; le Danemark et l'Allemagne recommandent de ne pas utiliser la plante dans les compléments alimentaires. Elle recommande de ne pas en consommer pendant la grossesse et l'allaitement, avant 18 ans, en cas de maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur, d'hyperandrogénie (excès d'hormones dites masculines) ou de traitement sédatif, et la déconseille en cas de conduite. Elle invite à signaler cette consommation à son médecin et à éviter de cumuler plusieurs compléments alimentaires[5]. Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Qu'est-ce qu'un « adaptogène » ?

C'est un terme employé pour des plantes qui aideraient l'organisme à résister au stress[2]. Ce n'est pas une preuve d'efficacité : pour l'ashwagandha, les essais disponibles sont petits et la certitude de leurs résultats est faible[1].

Peut-on en prendre pendant la grossesse ou l'allaitement ?

Non. L'Anses recommande aux femmes enceintes de s'en abstenir, la plante ayant un usage traditionnel abortif, et, par précaution, de ne pas en consommer pendant l'allaitement[5].

Est-ce dangereux pour le foie ?

Les atteintes du foie sont rares selon l'agence américaine des médecines complémentaires[7], mais des cas sont publiés : le plus souvent réversibles en quelques mois[8], parfois mortels chez des personnes déjà atteintes d'une maladie du foie[4]. L'Anses déconseille la plante dans ce cas.

Peut-il remplacer un traitement contre l'anxiété ou l'insomnie ?

Les essais disponibles, courts et de faible certitude, ne permettent pas de le dire[2]. Un traitement en cours ne s'arrête pas sans avis médical, et l'Anses déconseille d'associer la plante à un traitement sédatif[5].

Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

8 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations4
  • Essais randomisés et rapports institutionnels2
  • Autres : revues narratives, cas, animal, in vitro, avis2

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Akhgarjand C., Asoudeh F., Bagheri A. et al. Does Ashwagandha supplementation have a beneficial effect on the management of anxiety and stress ? A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Phytotherapy Research, 2022.

    Méta-analyse · chez l'humain

    DOI 10.1002/ptr.7598 (site externe, nouvel onglet)PubMed 36017529 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Méta-analyse de 12 essais randomisés (1 002 participants de 25 à 48 ans) contre placebo : anxiété et stress plus bas avec l'ashwagandha (différences moyennes standardisées de -1,55 et -1,75), avec une très forte hétérogénéité entre essais (I² de 94 % et 83 %). Certitude des preuves jugée faible pour les deux effets ; les auteurs demandent des études de meilleure qualité. Résumé lu.

  2. 2

    Marchi M., Grenzi P., Travascio A. et al. The effect of Withania somnifera (Ashwagandha) on mental health symptoms in individuals with mental disorders : systematic review and meta-analysis. BJPsych Open, 2025.

    Méta-analyse · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.1192/bjo.2025.10885 (site externe, nouvel onglet)PubMed 41140145 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue de 14 essais randomisés (360 personnes traitées, 353 témoins) chez des personnes ayant un trouble psychique, surtout des troubles anxieux ; dose médiane de 600 mg par jour, suivi médian de 8 semaines. Amélioration de l'anxiété, du stress et de la qualité du sommeil, avec une forte hétérogénéité ; certitude des preuves faible (très faible pour la dépression), en raison notamment de défauts de l'aveugle. Essais menés en Inde (8), en Iran (3), aux États-Unis (2) et au Canada (1). Pas de différence de tolérance avec les comparateurs. Résumé et texte intégral lus.

  3. 3

    Cheah K.L., Norhayati M.N., Husniati Yaacob L. et al. Effect of Ashwagandha (Withania somnifera) extract on sleep : A systematic review and meta-analysis. PLoS One, 2021.

    Méta-analyse · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.1371/journal.pone.0257843 (site externe, nouvel onglet)PubMed 34559859 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Méta-analyse de 5 essais randomisés (400 participants) contre placebo : effet « faible mais significatif » sur le sommeil (différence moyenne standardisée de -0,59), plus net chez les personnes souffrant d'insomnie, à 600 mg par jour ou plus et sur 8 semaines ou plus. Pas d'effet indésirable grave rapporté, mais peu de données de sécurité pour un usage prolongé. Résumé lu.

  4. 4

    Philips C.A., Valsan A., Theruvath A.H. et al. Ashwagandha-induced liver injury-A case series from India and literature review. Hepatology Communications, 2023.

    Série de cas · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.1097/HC9.0000000000000270 (site externe, nouvel onglet)PubMed 37756041 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Huit atteintes du foie liées à des préparations ne contenant que de l'ashwagandha, dans plusieurs centres en Inde (2019-2022) : hépatite cholestatique le plus souvent. Cinq patients avaient déjà une maladie chronique du foie ; trois ont présenté une insuffisance hépatique aiguë sur maladie chronique et sont décédés. Chez les autres, atteinte prolongée mais réversible. Pas de contamination retrouvée à l'analyse. Résumé lu.

  5. 5

    Anses. Avis relatif aux risques liés à l'utilisation des préparations de Withania somnifera (L.) Dunal dans les compléments alimentaires. Anses, 2024.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 19 avril 2024 (saisine 2021-SA-0077). Impossible de définir un niveau de consommation sans risque, faute de données de qualité suffisante, comme l'Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas ; le Danemark et l'Allemagne recommandent de ne pas utiliser la plante dans les compléments alimentaires. Compte tenu de suspicions d'effets indésirables sur la thyroïde, le foie, le cœur, le système nerveux central, la fertilité et le développement fœtal, recommande de s'abstenir en cas de pathologie thyroïdienne, hépatique ou cardiaque, d'hyperandrogénie, de grossesse ou de traitement sédatif ; par précaution, pas avant 18 ans ni pendant l'allaitement. Effets sédatifs : déconseillé en cas de conduite ou d'utilisation de machines. Signaler sa consommation à son médecin et éviter de cumuler les compléments. Nutrivigilance : 8 déclarations de 2009 à septembre 2023, surtout digestives, somnolence ou cutanées, sans décès. Texte intégral lu.

  6. 6

    Arumugam V., Vijayakumar V., Balakrishnan A. et al. Effects of Ashwagandha (Withania Somnifera) on stress and anxiety : A systematic review and meta-analysis. Explore, 2024.

    Méta-analyse · chez l'humain

    DOI 10.1016/j.explore.2024.103062 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39348746 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Méta-analyse de 9 essais randomisés (558 patients) contre placebo : score de stress perçu (échelle PSS) plus bas de 4,7 points, anxiété (échelle de Hamilton) plus basse de 2,2 points, cortisol sanguin plus bas. Effets indésirables légers à modérés dans quatre essais ; la sécurité d'une prise prolongée reste à établir. Résumé lu.

  7. 7

    National Center for Complementary and Integrative Health (NIH). Ashwagandha : Usefulness and Safety. NCCIH, 2023.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Page de l'agence américaine des médecines complémentaires, mise à jour en mars 2023. Certaines préparations pourraient aider contre l'insomnie et le stress ; les données sur l'anxiété sont peu claires. Peut-être sûr jusqu'à environ trois mois, sécurité à long terme inconnue. Effets indésirables : somnolence, troubles digestifs ; rares atteintes du foie. Déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement et en cas de maladie de la thyroïde ; interactions possibles avec plusieurs médicaments. Page lue.

  8. 8

    Björnsson H.K., Björnsson E.S., Avula B. et al. Ashwagandha-induced liver injury : A case series from Iceland and the US Drug-Induced Liver Injury Network. Liver International, 2020.

    Série de cas · chez l'humain · accès libre

    DOI 10.1111/liv.14393 (site externe, nouvel onglet)PubMed 31991029 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Cinq atteintes du foie attribuées à des compléments contenant de l'ashwagandha (Islande et réseau américain DILIN) : jaunisse après 2 à 12 semaines, atteinte cholestatique ou mixte, sans insuffisance hépatique ; bilans normalisés en 1 à 5 mois chez quatre patients (un perdu de vue). Présence d'ashwagandha confirmée par analyse. Résumé lu.

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