Activité physique
Courir abîme-t-il les genoux ?
En conclusion
Pas chez les coureurs de loisir, selon les études disponibles : ils n'ont pas plus d'arthrose des genoux que les sédentaires, plutôt moins. Le cartilage s'amincit un peu après une course, de façon passagère. Les coureurs de compétition pourraient en avoir davantage, sans que la cause soit établie. Le vrai risque est la blessure : environ 40 % des coureurs suivis dans les études se sont blessés, souvent au genou. Ces données viennent surtout d'études d'observation.
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Ce qu’on entend
Courir userait le cartilage des genoux : à force de chocs, les coureurs finiraient tous avec de l'arthrose.
Une crainte répandue, notamment chez les personnes qui se mettent à courir.
Ce que dit la science
Ce que montrent les études, point par point.
- Ce qui est juste : juste après une course, l'épaisseur du cartilage du genou baisse un peu à l'IRM, de 3 à 5 %, un changement faible et passager selon les auteurs d'une méta-analyse[1].
- Les coureurs de loisir n'ont pas plus d'arthrose de la hanche ou du genou que les sédentaires : 3,5 % contre 10,2 % dans une méta-analyse de 17 études[2].
- Les coureurs de compétition en avaient davantage (13,3 %), mais ces études ne permettent pas de savoir si la course en est la cause[2].
- Chez des personnes déjà arthrosiques, courir n'aggravait ni les douleurs ni l'arthrose visible à la radio, sur quatre ans[3].
- Le vrai risque est la blessure : dans les études, environ 40 % des coureurs suivis se sont blessés, sur des durées très variables, et le genou fait partie des zones les plus touchées[4].
Solidité des preuves, effet par effet
Arthrose chez les coureurs de loisir
Solidité des preuves : Arthrose chez les coureurs de loisir : FaibleDeux méta-analyses d'études d'observation : pas plus d'arthrose que chez les sédentaires, sans lien de cause établi.[2][6][7]
Arthrose chez les coureurs de compétition
Solidité des preuves : Arthrose chez les coureurs de compétition : FaibleFréquence plus élevée dans une méta-analyse, écart statistiquement incertain et facteurs comme les blessures non écartés.[2]
Changements du cartilage après une course
Solidité des preuves : Changements du cartilage après une course : Très faibleMéta-analyse d'études IRM jugée de certitude très faible par ses auteurs ; changements faibles et passagers.[1][5]
Blessures au genou
Solidité des preuves : Blessures au genou : ModéréeRevue de 18 études prospectives : environ 40 % de coureurs blessés en moyenne, genou parmi les zones les plus touchées ; durées de suivi et définitions variables.[4]
Course et exercice en cas d'arthrose
Solidité des preuves : Course et exercice en cas d'arthrose : ModéréeRecommandation du NICE en faveur de l'exercice adapté ; cohorte sans aggravation chez les coureurs arthrosiques.[3][8]
Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons
Pour comprendre
Les notions utiles pour lire ces résultats.
Ce que la course fait au cartilage
Une méta-analyse de 24 études a mesuré le cartilage du genou à l'IRM avant et juste après une course. Son épaisseur et son volume baissent de 3,3 à 4,9 %, certaines mesures de sa composition retrouvent leur niveau de départ en 91 minutes, et les lésions déjà présentes ne changent pas dans les 48 heures. Les auteurs jugent ces changements faibles et passagers, et concluent qu'une course isolée n'abîme pas le cartilage du genou, avec une certitude très faible[1]. Chez 82 adultes qui préparaient leur premier marathon, la plupart avaient déjà, avant l'entraînement, des lésions du genou visibles à l'IRM mais sans symptômes. Après la course, des lésions de l'os sous le cartilage s'étaient améliorées, tandis que le cartilage de la rotule s'était un peu dégradé, toujours sans symptômes[5].
Coureurs de loisir, coureurs de compétition
Une méta-analyse de 17 études et 114 829 personnes trouve de l'arthrose de la hanche ou du genou chez 3,5 % des coureurs de loisir, 10,2 % des sédentaires et 13,3 % des coureurs de compétition ; pour ces derniers, l'écart avec les sédentaires n'est pas statistiquement net. Ses auteurs y voient deux situations à risque, la sédentarité et une course de longue durée à très gros volume ou très intense, mais ne peuvent pas dire si ces liens sont causaux ou dus à d'autres facteurs, comme une blessure antérieure[2]. Une autre méta-analyse juge les résultats trop contradictoires pour conclure, tout en trouvant moins d'opérations pour arthrose du genou chez les coureurs[6]. Aux États-Unis, chez 2 637 adultes, avoir couru dans sa vie n'était pas associé à plus d'arthrose du genou avec douleurs[7].
Quand le genou est déjà arthrosique
Chez 1 203 personnes de 50 ans ou plus ayant une arthrose du genou, suivies quatre ans, celles qui couraient n'avaient ni plus d'aggravation à la radio ni plus de nouvelles douleurs, et leurs douleurs disparaissaient plus souvent. Selon les auteurs, une course choisie librement, sans doute adaptée aux symptômes, n'a pas à être découragée chez ces personnes[3]. La recommandation britannique du NICE propose à toutes les personnes arthrosiques un exercice thérapeutique adapté, comme le renforcement musculaire ou l'endurance, et prévient que la douleur peut augmenter au début de la pratique[8].
Les blessures, le vrai sujet
Dans 18 études qui ont suivi des coureurs de six semaines à quinze ans, environ 40 % se sont blessés en moyenne, de 11 à 75 % selon les études. Ce n'est donc pas un risque annuel valable pour tous : la proportion dépend des coureurs suivis, de la durée du suivi et de la définition de la blessure, qui va d'une simple douleur à la réduction de l'entraînement. Le genou, la cheville et la jambe sont les zones les plus touchées. Le syndrome fémoro-patellaire, qui touche l'articulation entre la rotule et le fémur, est l'une des blessures les plus fréquentes[4]. Toutes les données de cette fiche viennent d'études d'observation, qui montrent des associations, pas forcément des causes. Ce site ne remplace pas un avis médical.
Questions fréquentes
Des réponses courtes aux questions les plus courantes.
Les marathoniens ont-ils plus d'arthrose ?
Dans un questionnaire rempli par 3 804 coureurs d'un grand marathon américain, l'arthrose de la hanche ou du genou touchait 7,3 % des répondants. Elle était liée à l'âge, à l'indice de masse corporelle, aux antécédents de blessure ou de chirurgie et à l'hérédité, mais pas au nombre de marathons, aux années de course ni au kilométrage. Seuls 10 % des inscrits ont répondu, et l'arthrose était déclarée par les participants[9].
Faut-il arrêter de courir en cas d'arthrose du genou ?
Les études ne le montrent pas : chez des personnes arthrosiques, la course n'était associée ni à une aggravation ni à plus de douleurs[3]. La recommandation du NICE propose un exercice adapté à toutes les personnes arthrosiques[8]. Pour une situation personnelle, un médecin ou un kinésithérapeute peut conseiller.
Pourquoi le genou fait-il mal après une course ?
Les blessures sont fréquentes chez les coureurs, et le genou est l'une des zones les plus touchées ; le syndrome fémoro-patellaire figure parmi les blessures les plus courantes[4]. Une douleur qui persiste mérite l'avis d'un médecin ou d'un kinésithérapeute.
Le cartilage s'use-t-il à chaque course ?
Il s'amincit un peu juste après l'effort, de 3 à 5 % à l'IRM, mais ces changements sont faibles et passagers, et les lésions existantes ne changent pas dans les 48 heures, selon une méta-analyse dont les preuves restent de certitude très faible[1].
Sources
Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.
Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.
- 1
Coburn S.L., Crossley K.M., Kemp J.L. et al. Is running good or bad for your knees ? A systematic review and meta-analysis of cartilage morphology and composition changes in the tibiofemoral and patellofemoral joints. Osteoarthritis and Cartilage, 2023.
Méta-analyse
DOI 10.1016/j.joca.2022.09.013 (site externe, nouvel onglet)PubMed 36402349 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique et méta-analyse de 24 études IRM (446 genoux). Juste après une course, l'épaisseur et le volume du cartilage du genou baissent de 3,3 % à 4,9 % ; les temps de relaxation T2 du cartilage du fémur et du tibia reviennent à leur niveau de départ en 91 minutes ; les lésions existantes ne changent pas en 48 h. Certitude très faible. Conclusion des auteurs : changements faibles et passagers, une course isolée n'abîme pas le cartilage du genou. Résumé lu.
- 2
Alentorn-Geli E., Samuelsson K., Musahl V. et al. The Association of Recreational and Competitive Running With Hip and Knee Osteoarthritis : A Systematic Review and Meta-analysis. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2017.
Méta-analyse
DOI 10.2519/jospt.2017.7137 (site externe, nouvel onglet)PubMed 28504066 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique de 25 études (125 810 personnes), dont 17 méta-analysées (114 829 personnes). Arthrose de la hanche ou du genou : 13,3 % chez les coureurs de compétition, 3,5 % chez les coureurs de loisir, 10,2 % chez les témoins sédentaires. Rapport de cotes par rapport aux témoins : 1,34 pour la compétition (intervalle de 0,97 à 1,86) et 0,86 pour le loisir (0,69 à 1,07). Moins de 15 ans de course : association plus faible que chez les témoins (0,6). Les auteurs ne peuvent pas dire si ces liens sont causaux ou dus à d'autres facteurs, comme une blessure antérieure. Résumé lu.
- 3
Lo G.H., Musa S.M., Driban J.B. et al. Running does not increase symptoms or structural progression in people with knee osteoarthritis : data from the osteoarthritis initiative. Clinical Rheumatology, 2018.
Étude de cohorte · accès libre
DOI 10.1007/s10067-018-4121-3 (site externe, nouvel onglet)PubMed 29728929 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Cohorte de 1 203 personnes de 50 ans ou plus ayant une arthrose du genou, suivies 48 mois ; 11,5 % couraient. La course n'était pas associée à une aggravation radiographique (rapport de cotes 0,9) ni à de nouvelles douleurs (0,9), et était associée à une disparition plus fréquente des douleurs (1,7). Selon les auteurs, une course choisie librement, sans doute adaptée aux symptômes, n'a pas à être découragée chez ces personnes. Étude d'observation. Résumé lu ; financement et déclarations lus dans le texte intégral.
- 4
Kakouris N., Yener N., Fong D.T.P. A systematic review of running-related musculoskeletal injuries in runners. Journal of Sport and Health Science, 2021.
Revue systématique · accès libre
DOI 10.1016/j.jshs.2021.04.001 (site externe, nouvel onglet)PubMed 33862272 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique des blessures liées à la course. Incidence moyenne de 40,2 % et prévalence de 44,6 %. Le genou, la cheville et la jambe sont les plus touchés en incidence ; le syndrome fémoro-patellaire est la blessure la plus fréquente en prévalence (16,7 %) et l'une des premières en incidence (6,3 %). Les auteurs signalent des limites méthodologiques (définitions variables). Résumé lu ; déclarations lues dans le texte intégral.
- 5
Horga L.M., Henckel J., Fotiadou A. et al. Can marathon running improve knee damage of middle-aged adults ? A prospective cohort study. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 2019.
Étude de cohorte · accès libre
DOI 10.1136/bmjsem-2019-000586 (site externe, nouvel onglet)PubMed 31673407 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Cohorte de 82 adultes d'âge moyen préparant leur premier marathon, IRM des genoux 6 mois avant et environ deux semaines après. Avant l'entraînement, la plupart avaient déjà des lésions sans symptômes. Après le marathon : amélioration de l'œdème osseux sous le cartilage du tibia (et, de façon non significative, du fémur) ; aggravation, sans symptômes, du cartilage de la rotule, du tendon semi-membraneux, de la bandelette ilio-tibiale et de la bourse prérotulienne. Résumé lu ; financement lu dans le texte intégral.
- 6
Timmins K.A., Leech R.D., Batt M.E. et al. Running and Knee Osteoarthritis : A Systematic Review and Meta-analysis. The American Journal of Sports Medicine, 2017.
Méta-analyse
DOI 10.1177/0363546516657531 (site externe, nouvel onglet)PubMed 27519678 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Revue systématique de 15 études (11 cohortes, 4 cas-témoins). Résultats contradictoires pour le diagnostic d'arthrose du genou ; méta-analyse des études cas-témoins : moins de chirurgie pour arthrose chez les coureurs (rapport de cotes 0,46). Les auteurs concluent qu'il n'est pas possible de déterminer le rôle de la course dans l'arthrose du genou, faute d'études prospectives bien conçues. Résumé lu.
- 7
Lo G.H., Driban J.B., Kriska A.M. et al. Is There an Association Between a History of Running and Symptomatic Knee Osteoarthritis ? A Cross-Sectional Study From the Osteoarthritis Initiative. Arthritis Care & Research, 2017.
Étude transversale · accès libre
DOI 10.1002/acr.22939 (site externe, nouvel onglet)PubMed 27333572 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Étude transversale dans la cohorte américaine Osteoarthritis Initiative : 2 637 adultes de 64 ans en moyenne, dont 29,5 % avaient couru dans leur vie. Par rapport à ceux qui n'avaient jamais couru, les anciens coureurs et les coureurs actuels n'avaient pas plus de douleurs du genou, d'arthrose radiographique ni d'arthrose avec douleurs (rapports de cotes inférieurs à 1). Conclusion des auteurs : pas de risque accru d'arthrose du genou avec symptômes chez les coureurs. Étude d'observation, course déclarée par questionnaire. Résumé lu ; financement lu dans le texte intégral.
- 8
National Institute for Health and Care Excellence (NICE), Royaume-Uni. Osteoarthritis in over 16s : diagnosis and management (NG226). NICE, 2022.
Recommandation de pratique · accès libre
Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Recommandation publiée le 19 octobre 2022. 1.3.1 : proposer à toutes les personnes atteintes d'arthrose un exercice thérapeutique adapté à leurs besoins (par exemple renforcement musculaire local, endurance générale). 1.3.3 : prévenir que la douleur articulaire peut augmenter au début, et qu'un exercice régulier sera bénéfique pour les articulations à long terme. Texte lu.
- 9
Hartwell M.J., Tanenbaum J.E., Chiampas G. et al. Does Running Increase the Risk of Hip and Knee Arthritis ? A Survey of 3804 Marathon Runners. Sports Health, 2024.
Étude transversale · accès libre
DOI 10.1177/19417381231190876 (site externe, nouvel onglet)PubMed 37555313 (site externe, nouvel onglet)Consultée le
Questionnaire envoyé aux inscrits d'un grand marathon américain (2019, 2021) : 3 804 réponses (taux de réponse de 10 %), 43,9 ans en moyenne, 9,5 marathons en moyenne. Arthrose de la hanche ou du genou chez 7,3 %. Facteurs associés : antécédents de blessure ou de chirurgie, âge, antécédents familiaux, indice de masse corporelle ; ni le nombre d'années de course, ni le nombre de marathons, ni le kilométrage hebdomadaire, ni l'allure n'étaient associés. Arthrose déclarée par les participants. Résumé lu.
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