Médecines alternatives

Que vaut vraiment la médecine traditionnelle chinoise ?

En conclusion

Cela dépend de la pratique, mais pour l'essentiel, son efficacité n'est pas démontrée : sur 104 revues Cochrane, 5 seulement concluent à un bénéfice. Le tai-chi réduit d'environ 20 % le nombre de personnes âgées qui chutent, et un médicament contre le paludisme, l'artémisinine, est né d'une plante de cette tradition. Mais « naturel » ne veut pas dire sans danger : certaines plantes ont causé des cancers et des atteintes du foie.

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Par La rédaction d’Après Vérification
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Ce qu’on entend

Millénaire, la médecine traditionnelle chinoise soignerait de nombreuses maladies avec des remèdes naturels, donc sans danger.

Plantes, acupuncture, tai-chi, ventouses : une même étiquette pour des pratiques très différentes, souvent présentées comme naturelles.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : l'artémisinine, un médicament contre le paludisme, a été extraite d'une plante utilisée en médecine traditionnelle chinoise, une découverte récompensée par le prix Nobel[1] en 2015. Mais c'est une molécule isolée et purifiée, testée chez l'animal puis chez l'humain.
  • Sur 104 revues Cochrane publiées jusqu'en mai 2021, 5 seulement concluent à un bénéfice ; pour la plupart des autres, les preuves manquent ou ne permettent pas de conclure, ce qui ne prouve pas pour autant que ces pratiques soient inefficaces[2].
  • Beaucoup d'essais sont peu fiables : sur 2 235 essais publiés en Chine comme randomisés et vérifiés auprès de leurs auteurs, 6,8 % seulement l'étaient vraiment[3].
  • Le tai-chi réduit d'environ 20 % le nombre de personnes âgées qui chutent, avec une certitude élevée ; l'effet sur le nombre total de chutes (−19 %) est moins sûr[4].
  • « Naturel » ne veut pas dire sans danger : des plantes contenant de l'acide aristolochique ont causé des maladies des reins et des cancers des voies urinaires en Belgique[5] et à Taïwan[6].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Remèdes à base de plantes

    Solidité des preuves : Remèdes à base de plantes : Faible

    Sur 104 revues Cochrane, 5 concluent à un bénéfice ; certitude surtout faible ou très faible ; essais souvent peu fiables.[2][3]

  • Tai-chi : personnes âgées qui chutent

    Solidité des preuves : Tai-chi : personnes âgées qui chutent : Élevée

    Revue Cochrane : environ 20 % de personnes qui chutent en moins dans 8 essais (2 677 participants), avec une certitude élevée.[4]

  • Tai-chi : nombre total de chutes

    Solidité des preuves : Tai-chi : nombre total de chutes : Faible

    Même revue : environ 19 % de chutes en moins dans 7 essais, avec une certitude faible.[4]

  • Toxicité de certaines plantes

    Solidité des preuves : Toxicité de certaines plantes : Modérée

    Cancers des voies urinaires liés à l'acide aristolochique en Belgique et à Taïwan ; atteintes du foie fréquentes en Chine. Études d'observation concordantes.[5][6][9]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Une étiquette, des pratiques très différentes

La médecine traditionnelle chinoise regroupe des remèdes à base de plantes, l'acupuncture, la moxibustion, des exercices comme le tai-chi, ou encore les ventouses. Les preuves ne sont pas les mêmes pour chacune. Les 104 revues Cochrane qui lui sont consacrées portent surtout sur les plantes (70) et l'acupuncture (28), plus rarement sur les exercices (4) ou la moxibustion (2)[2]. L'Organisation mondiale de la santé a ajouté à sa classification des maladies un chapitre facultatif sur la médecine traditionnelle née dans la Chine ancienne ; elle précise que ce chapitre ne juge ni n'approuve la validité scientifique de ces pratiques[7].

Pourquoi tant d'études ne suffisent pas

Ces 104 revues, publiées jusqu'en mai 2021, réunissent 1 642 études et 157 943 participants. Pourtant, 5 seulement concluent globalement à un bénéfice, 42 jugent les preuves insuffisantes et 54 ne tirent pas de conclusion ferme ; quand la certitude des preuves est évaluée, elle est surtout faible ou très faible[2]. Cela ne veut pas dire que les autres pratiques soient inefficaces : pour la plupart, les preuves manquent ou ne permettent pas de conclure. La qualité des essais pèse plus que leur nombre. Dans une enquête menée auprès des auteurs de 2 235 essais publiés en Chine comme randomisés, 207 seulement, soit 6,8 %, avaient réellement tiré au sort leurs participants, en médecine traditionnelle comme en médecine conventionnelle[3]. Une analyse plus ancienne avait relevé que tous les essais d'acupuncture venus de Chine, du Japon, de Hong Kong et de Taïwan étaient positifs, ce qui peut signaler que les résultats négatifs n'étaient pas publiés[8].

Ce qui a été démontré

Le succès le plus connu est l'artémisinine. À la fin des années 1960, Tu Youyou s'est tournée vers la pharmacopée traditionnelle pour chercher un nouveau traitement du paludisme : un extrait d'armoise annuelle est ressorti d'un criblage chez l'animal, et des textes anciens l'ont aidée à en extraire le principe actif, efficace chez l'animal puis chez l'humain. Elle a reçu en 2015 la moitié du prix Nobel de médecine[1]. C'est une molécule isolée, purifiée et testée, pas une tisane. Du côté des exercices, une revue Cochrane trouve que le tai-chi réduit d'environ 20 % le nombre de personnes âgées vivant à domicile qui font au moins une chute, avec une certitude élevée ; son effet sur le nombre total de chutes (−19 %) est moins sûr. L'exercice physique, toutes formes confondues, réduit les chutes de 23 %, avec une certitude élevée[4].

Les risques

« Naturel » ne veut pas dire sans danger. En Belgique, au début des années 1990, des pilules amaigrissantes à base de plantes chinoises contenaient par erreur une aristoloche, toxique pour les reins et cancérogène : chez 39 patients en insuffisance rénale opérés par précaution, 18 avaient un cancer des voies urinaires[5]. À Taïwan, 39 % de la population a consommé des plantes contenant de l'acide aristolochique entre 1997 et 2003[6]. En Chine, sur 25 927 atteintes du foie liées à un produit de santé chez des patients hospitalisés, la première cause était les médecines traditionnelles et les compléments à base de plantes, comptés ensemble : 26,81 % des cas[9]. Ces pratiques ne doivent pas faire renoncer à un traitement dont l'efficacité est démontrée. Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

L'OMS a-t-elle reconnu la médecine chinoise ?

Pas son efficacité. Sa classification des maladies comporte un chapitre facultatif sur les affections de la médecine traditionnelle, utilisé seulement pour un double codage des données. L'OMS précise que ce chapitre ne juge ni n'approuve la validité scientifique de ces pratiques[7].

Et l'acupuncture ?

Elle fait l'objet d'une fiche à part sur ce site, « L'acupuncture est-elle efficace ? ». Elle représente 28 des 104 revues Cochrane consacrées à la médecine traditionnelle chinoise[2].

Les ventouses sont-elles efficaces ?

Ce n'est pas établi. Sur 13 revues systématiques, six suggèrent un bénéfice possible, surtout contre des douleurs comme la lombalgie ou l'arthrose du genou, mais quelques-unes seulement montrent un effet statistiquement significatif[10].

Le tai-chi vaut-il la peine ?

Oui, pour prévenir les chutes des personnes âgées : selon une revue Cochrane, il réduit d'environ 20 % le nombre de personnes qui chutent, avec une certitude élevée ; l'effet sur le nombre total de chutes est moins sûr. L'exercice physique en général, surtout centré sur l'équilibre, réduit aussi les chutes avec une certitude élevée[4].

Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

10 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations4
  • Essais randomisés et rapports institutionnels1
  • Études d'observation et essais non randomisés2
  • Autres : revues narratives, cas, animal, in vitro, avis3

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Assemblée Nobel de l'Institut Karolinska. The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2015 - Press release. NobelPrize.org, 2015.

    Autre · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Communiqué du 5 octobre 2015 : la moitié du prix Nobel de physiologie ou médecine est attribuée à Tu Youyou pour ses découvertes sur un nouveau traitement du paludisme. Elle s'est tournée vers la phytothérapie traditionnelle ; un extrait de la plante Artemisia annua est ressorti d'un criblage à grande échelle chez l'animal ; des indices tirés de textes anciens l'ont guidée pour en extraire le principe actif, l'artémisinine, qu'elle a été la première à montrer très efficace contre le parasite, chez l'animal puis chez l'humain. Page lue.

  2. 2

    Dai Z., Liao X., Wieland L.S. et al. Cochrane systematic reviews on traditional Chinese medicine : What matters-the quantity or quality of evidence ?. Phytomedicine, 2022.

    Revue de revues · accès libre

    DOI 10.1016/j.phymed.2021.153921 (site externe, nouvel onglet)PubMed 35104758 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue des 104 revues Cochrane consacrées à la médecine traditionnelle chinoise jusqu'en mai 2021 (70 sur la phytothérapie chinoise, 28 sur l'acupuncture, 4 sur les exercices, 2 sur la moxibustion ; 1 642 études, 157 943 participants). Seules 5 concluent globalement à un bénéfice ; 42 jugent les preuves insuffisantes, 54 ne tirent pas de conclusion ferme. Quand la certitude est évaluée (GRADE, 41,3 % des revues), elle est surtout faible ou très faible ; 49 % des revues sont de faible qualité méthodologique (AMSTAR 2). Conclusion des auteurs : l'efficacité reste largement non établie. Texte intégral lu (PubMed Central).

  3. 3

    Wu T., Li Y., Bian Z. et al. Randomized trials published in some Chinese journals : how many are randomized ?. Trials, 2009.

    Étude transversale · accès libre

    DOI 10.1186/1745-6215-10-46 (site externe, nouvel onglet)PubMed 19573242 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Enquête sur les essais présentés comme randomisés dans des revues médicales chinoises (1994-2005) : 3 137 essais apparemment randomisés, dont 1 685 de médecine traditionnelle chinoise. Les auteurs de 2 235 essais ont été interrogés : seuls 207 (6,8 %) avaient réellement tiré au sort les participants. Pas de différence significative entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle. Texte intégral lu (PubMed Central).

  4. 4

    Sherrington C., Fairhall N.J., Wallbank G.K. et al. Exercise for preventing falls in older people living in the community. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019.

    Méta-analyse · accès libre

    DOI 10.1002/14651858.CD012424.pub2 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30703272 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue Cochrane de 108 essais randomisés (23 407 participants de 60 ans et plus vivant à domicile). L'exercice réduit le nombre de chutes de 23 % (certitude élevée). Le tai-chi pourrait réduire le nombre de chutes de 19 % (rapport de taux 0,81, IC 95 % 0,67 à 0,99 ; 7 études, 2 655 participants ; certitude faible). Résumé lu.

  5. 5

    Nortier J.L., Martinez M.C., Schmeiser H.H. et al. Urothelial carcinoma associated with the use of a Chinese herb (Aristolochia fangchi). New England Journal of Medicine, 2000.

    Série de cas

    DOI 10.1056/NEJM200006083422301 (site externe, nouvel onglet)PubMed 10841870 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Belgique : des pilules amaigrissantes à base de plantes chinoises (prescrites de 1990 à 1992) contenaient par erreur de fabrication Aristolochia fangchi, néphrotoxique et cancérogène, à la place d'une autre plante. Chez 39 patients en insuffisance rénale terminale opérés à titre préventif, 18 cancers de l'appareil urinaire (46 %) ; la dose cumulée était un facteur de risque. Résumé lu.

  6. 6

    Dickman K.G., Chen C.-H., Grollman A.P. et al. Aristolochic acid-containing Chinese herbal medicine and upper urinary tract urothelial carcinoma in Taiwan : a narrative review. World Journal of Urology, 2023.

    Revue narrative

    DOI 10.1007/s00345-022-04100-5 (site externe, nouvel onglet)PubMed 35867141 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue sur l'acide aristolochique à Taïwan : selon une base de données nationale, 39 % de la population a été exposée à des plantes en contenant entre 1997 et 2003. Ces plantes sont associées à un risque nettement accru d'insuffisance rénale et de cancer des voies urinaires supérieures, identifiable par une signature de mutations caractéristique. Résumé lu.

  7. 7

    Organisation mondiale de la santé. Traditional medicine - Frequently asked questions (ICD-11). OMS, 2026.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Questions fréquentes de l'OMS : la 11e Classification internationale des maladies (CIM-11) comporte un chapitre séparé, d'usage facultatif, sur les affections de la médecine traditionnelle nées dans la Chine ancienne ; il ne sert qu'à un double codage facultatif des données de morbidité. Ce chapitre ne juge ni n'approuve la validité scientifique d'aucune pratique de médecine traditionnelle (traduction de la rédaction). Page lue (sans date ; consultée en 2026).

  8. 8

    Vickers A., Goyal N., Harland R. et al. Do certain countries produce only positive results ? A systematic review of controlled trials. Controlled Clinical Trials, 1998.

    Revue systématique

    DOI 10.1016/s0197-2456(97)00150-5 (site externe, nouvel onglet)PubMed 9551280 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue des essais contrôlés indexés dans Medline de 1966 à 1995. Pour l'acupuncture, 252 essais : tous ceux venus de Chine, du Japon, de Hong Kong et de Taïwan étaient positifs. Pour les autres traitements, 99 % des essais publiés en Chine étaient positifs, contre 75 % en Angleterre ; aucun essai publié en Chine ne concluait à l'inefficacité du traitement testé. Biais de publication possible. Résumé lu.

  9. 9

    Shen T., Liu Y., Shang J. et al. Incidence and Etiology of Drug-Induced Liver Injury in Mainland China. Gastroenterology, 2019.

    Étude transversale

    DOI 10.1053/j.gastro.2019.02.002 (site externe, nouvel onglet)PubMed 30742832 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Étude rétrospective nationale : 25 927 cas confirmés d'atteinte du foie liée à un produit de santé, chez des patients hospitalisés de 2012 à 2014 dans 308 centres de Chine continentale. Première classe en cause : médecines traditionnelles chinoises ou plantes et compléments alimentaires, comptés ensemble (26,81 %), devant les antituberculeux (21,99 %). Résumé lu.

  10. 10

    Choi T.Y., Ang L., Ku B. et al. Evidence Map of Cupping Therapy. Journal of Clinical Medicine, 2021.

    Revue de revues · accès libre

    DOI 10.3390/jcm10081750 (site externe, nouvel onglet)PubMed 33920643 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Carte des preuves sur les ventouses : 13 revues systématiques retenues (jusqu'en mars 2021). Six suggèrent un bénéfice possible (lombalgie, cervicalgie, arthrose du genou, zona, migraine, psoriasis, urticaire…) ; seules quelques-unes montrent un bénéfice statistiquement significatif. Résumé lu.

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