Environnement et santé

Faut-il filtrer l'eau du robinet ?

En conclusion

Rien ne montre que ce soit utile pour la santé quand l'eau du robinet est conforme : le ministère chargé de la santé juge qu'elle n'a pas besoin d'être traitée en plus, et parle de traitements « de confort ». Certains appareils retiennent des substances comme des PFAS, mais les résultats à la maison varient beaucoup selon l'appareil et son entretien ; mal entretenus, ils peuvent même dégrader l'eau.

Auteur
Par La rédaction d’Après Vérification
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Lecture : 4 min

Ce qu’on entend

Filtrer l'eau du robinet, avec une carafe, un filtre ou un purificateur, la rendrait plus saine en retirant pesticides, chlore, calcaire et autres résidus.

Carafes filtrantes, osmoseurs, purificateurs, adoucisseurs : des appareils répandus, souvent vendus en mettant en avant leur efficacité.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : charbon actif, résines et osmose inverse peuvent retenir certaines substances, comme des PFAS[1], y compris à la maison pour les appareils adaptés[2].
  • Mais quand l'eau du robinet est conforme, le ministère chargé de la santé juge qu'il n'est « pas nécessaire de la traiter de manière complémentaire » : ces appareils relèvent du confort[3].
  • À la maison, les résultats dépendent de l'appareil : dans 73 foyers américains, les osmoseurs et les filtres sous évier à double étage retenaient presque tous les PFAS mesurés, les autres filtres au charbon actif nettement moins[4] ; l'Anses n'a pas pu évaluer l'efficacité des carafes filtrantes[5].
  • Ils peuvent dégrader l'eau : la filtration peut relâcher de l'argent ou du sodium et altérer sa qualité microbiologique[5].
  • L'osmose inverse produit une eau presque totalement déminéralisée, que l'eau distribuée par le réseau doit, elle, reminéraliser[6].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Bénéfice pour la santé, eau conforme

    Solidité des preuves : Bénéfice pour la santé, eau conforme : Très faible

    Aucune étude trouvée ; position du ministère chargé de la santé : une eau conforme n'a pas besoin de traitement complémentaire.[3]

  • Rétention des PFAS à domicile

    Solidité des preuves : Rétention des PFAS à domicile : Faible

    Revue narrative et une étude de terrain dans 73 foyers : osmoseurs et filtres sous évier à double étage retiennent presque tous les PFAS mesurés ; autres filtres au charbon variables, surtout pour les PFAS à chaîne courte.[1][4]

  • Dégradation de l'eau filtrée

    Solidité des preuves : Dégradation de l'eau filtrée : Faible

    Relargage d'argent ou de sodium et altération microbiologique constatés par l'Anses pour les carafes ; prolifération bactérienne dans une étude de terrain.[5][8]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Des appareils très différents

Les cartouches des carafes filtrantes associent des résines et du charbon actif, souvent traités à l'argent ; le charbon actif réduit le chlore et les composés responsables de goûts et d'odeurs. Selon une enquête alimentaire de 2006-2007, sur un petit échantillon, 13 % des Français vivaient alors dans un ménage qui traite son eau à domicile[5]. Les purificateurs et osmoseurs font passer l'eau à travers une membrane très fine ; d'autres appareils utilisent des résines échangeuses d'ions ou du charbon actif[1]. Pour l'eau froide du robinet qui respecte les limites de qualité, le ministère chargé de la santé a répondu en 2012 qu'« il n'est donc pas nécessaire de la traiter de manière complémentaire », et parle de « traitements dits de confort », qui appellent des précautions d'usage[3].

Ce qu'ils retiennent vraiment

Dans les usines de traitement, l'osmose inverse ou certains charbons actifs retiennent des résidus de pesticides que les traitements classiques laissent passer[7]. Mais un appareil de cuisine n'est pas une usine. Une revue de 2024 sur les PFAS note que ces appareils sont souvent testés et certifiés en laboratoire, mais que seules cinq études ont mesuré leur efficacité en conditions réelles : tous les filtres ne se sont pas montrés efficaces, surtout contre les PFAS à chaîne courte, et un charbon actif mal entretenu peut même augmenter leur concentration dans l'eau filtrée[1]. Une étude de 2020 menée dans 73 foyers de Caroline du Nord, aux États-Unis, l'illustre : les osmoseurs et les filtres sous évier à double étage éliminaient presque complètement les PFAS mesurés ; les autres filtres au charbon actif en retenaient environ 60 à 70 % pour les PFAS à chaîne longue et environ 40 % pour ceux à chaîne courte, et quatre des huit systèmes au charbon installés à l'entrée de la maison faisaient même monter leur concentration[4]. L'agence américaine de l'environnement rappelle qu'un filtre n'est efficace que s'il est entretenu, que les certifications portent surtout sur deux PFAS, et qu'un filtre peut ne pas être utile si les PFAS n'ont pas été mesurés dans l'eau ou restent sous les limites[2]. Retenir une substance ne prouve pas, à lui seul, un bénéfice pour la santé quand l'eau est déjà conforme. Pour les carafes, l'Anses n'a pas pu évaluer l'efficacité réelle avec les données disponibles et demande que les revendications des fabricants soient vérifiées par des essais normalisés[5].

Les inconvénients

Selon l'Anses, la filtration par carafe peut abaisser le pH, libérer de l'argent, du sodium, du potassium ou de l'ammonium, et altérer la qualité microbiologique de l'eau, sans risque démontré pour la santé[5]. Dans une étude menée dans une ville d'Iran, le nombre de bactéries augmentait dans des purificateurs domestiques au fil d'un mois d'utilisation, jusqu'à dépasser la valeur repère dans l'eau filtrée[8]. L'osmose inverse produit une eau presque totalement déminéralisée ; quand elle sert à produire l'eau du réseau, celle-ci doit être reminéralisée pour respecter la réglementation[6]. Les adoucisseurs, eux, augmentent la teneur en sodium de l'eau et demandent un entretien régulier, « afin d'éviter les développements bactériens[3] ».

Si l'on en utilise un

L'Anses conseille de respecter la notice, de remplacer régulièrement la cartouche, de garder la carafe et son eau au réfrigérateur et de boire l'eau filtrée dans les 24 heures ; les carafes ne rendent pas potable une eau qui ne l'est pas[9]. Contre un goût de chlore, il suffit de laisser l'eau du robinet quelques heures dans une carafe ouverte, au réfrigérateur[10]. Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Un osmoseur protège-t-il des PFAS ?

Les osmoseurs sous évier le peuvent : dans 73 foyers américains, ils éliminaient presque complètement les PFAS mesurés[4]. Il faut toutefois les entretenir et, selon l'agence américaine de l'environnement, un filtre peut ne pas être utile si les PFAS n'ont pas été mesurés dans l'eau ou restent sous les limites[2].

L'eau osmosée est-elle mauvaise pour la santé ?

Elle est presque totalement déminéralisée. Pour l'eau distribuée par le réseau, cette déminéralisation est considérée comme un effet négatif qu'il faut corriger en reminéralisant[6]. Nous n'avons pas trouvé d'avis officiel sur l'effet de boire chaque jour l'eau d'un osmoseur domestique.

Faut-il un adoucisseur ?

Il sert contre le calcaire, sans enjeu pour la santé selon le ministère chargé de la santé. Il augmente la teneur en sodium de l'eau, ce qui compte en cas de régime pauvre en sel, et doit être bien entretenu[3].

Et les appareils qui « dynamisent » ou « structurent » l'eau ?

Nous n'avons trouvé ni étude chez l'humain ni avis d'une autorité sanitaire sur ces appareils. Pour une eau du robinet conforme, le ministère chargé de la santé juge qu'aucun traitement complémentaire n'est nécessaire[3].

Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

10 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Essais randomisés et rapports institutionnels7
  • Études d'observation et essais non randomisés2
  • Autres : revues narratives, cas, animal, in vitro, avis1

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    MacKeown H., Magi E., Di Carro M. et al. Removal of perfluoroalkyl and polyfluoroalkyl substances from tap water by means of point-of-use treatment : A review. Science of the Total Environment, 2024.

    Revue narrative

    DOI 10.1016/j.scitotenv.2024.176764 (site externe, nouvel onglet)PubMed 39393709 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue sur les appareils de traitement à domicile (charbon actif, résines échangeuses d'ions, osmose inverse) et les PFAS. Ils sont souvent testés et certifiés en laboratoire, mais leur efficacité en usage réel est mal caractérisée : seules cinq études l'ont évaluée en conditions réelles, et tous les filtres ne se sont pas montrés efficaces, surtout contre les PFAS à chaîne courte. Un système à charbon actif mal entretenu peut même augmenter les PFAS dans l'eau filtrée. Méthodes d'essai hétérogènes, performance à long terme incertaine. Résumé lu.

  2. 2

    Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Reducing PFAS in Your Drinking Water with a Home Filter. US EPA, 2026.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Page mise à jour le 3 août 2026. Charbon actif en grains, osmose inverse et résines échangeuses d'ions peuvent réduire les PFAS. Les filtres ne sont efficaces que s'ils sont entretenus selon les instructions du fabricant ; ne pas remplacer le filtre à temps peut augmenter l'exposition. Les certifications portent surtout sur deux PFAS (PFOA et PFOS) et n'indiquent pas encore qu'un filtre atteint les limites fixées par l'agence. Si les PFAS n'ont pas été mesurés dans l'eau, ou restent sous les limites fédérales, un filtre peut ne pas être utile. Page lue.

  3. 3

    Assemblée nationale (réponse du ministère chargé de la santé). Réponse du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé à la question écrite n° 121870 (appareils de traitement de l'eau à domicile). Assemblée nationale, 2012.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Question écrite publiée au Journal officiel le 15 novembre 2011, réponse publiée le 8 mai 2012. L'eau froide du robinet respectant les limites de qualité : « Il n'est donc pas nécessaire de la traiter de manière complémentaire. » Les appareils domestiques relèvent de « traitements dits de confort », qui appellent des précautions d'usage ; ils doivent être efficaces et sans danger (article R. 1321-50 du code de la santé publique). Adoucisseurs : « l'adoucissement de l'eau augmente la teneur en sodium de l'eau traitée » ; il faut « veiller à la bonne maintenance des procédés, afin d'éviter les développements bactériens ». Réponse lue.

  4. 4

    Herkert N.J., Merrill J., Peters C. et al. Assessing the Effectiveness of Point-of-Use Residential Drinking Water Filters for Perfluoroalkyl Substances (PFASs). Environmental Science & Technology Letters, 2020.

    Étude transversale · accès libre

    DOI 10.1021/acs.estlett.0c00004 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Mesures dans des foyers du centre (61) et du sud-est (12) de la Caroline du Nord, aux États-Unis : carafes et filtres de comptoir, filtres sur robinet, filtres de réfrigérateur, filtres sous évier simples, à double étage et osmoseurs. Tous les filtres sous évier à double étage et tous les osmoseurs testés éliminent presque complètement les PFAS mesurés. Les autres filtres au charbon actif ont des résultats variables : environ 60 à 70 % pour les PFAS à chaîne longue, environ 40 % pour ceux à chaîne courte. Sur huit systèmes au charbon actif installés à l'entrée de la maison, quatre augmentent les PFAS dans l'eau filtrée. Article absent de PubMed. Résumé lu.

  5. 5

    Anses. Avis relatif à l'évaluation de l'innocuité et l'efficacité des carafes filtrantes. Anses, 2016.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 19 octobre 2016 (saisine 2015-SA-0083). Les données ne permettent pas d'attester d'un risque pour la santé, mais la filtration peut abaisser le pH, libérer de l'argent, du sodium, du potassium ou de l'ammonium et altérer la qualité microbiologique de l'eau pendant tout ou partie de la durée de vie de la cartouche. L'efficacité réelle des carafes ne peut pas être évaluée avec les données disponibles. Texte intégral lu.

  6. 6

    Anses. Avis relatif aux conditions de mise sur le marché et de mise en œuvre des modules de filtration membranaire utilisés pour le traitement d'eau destinée à la consommation humaine. Anses, 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 16 mai 2025 (saisine 2024-SA-0136) sur les membranes utilisées par les producteurs et distributeurs d'eau (pas sur les appareils domestiques). L'osmose inverse aboutit à une déminéralisation pratiquement totale de l'eau ; pour l'eau distribuée, cette déminéralisation trop poussée est un effet négatif qui doit être corrigé par une reminéralisation. L'efficacité réelle dépend des conditions d'utilisation et doit être démontrée par des essais en conditions réelles. Texte intégral lu.

  7. 7

    Anses (Laboratoire d'hydrologie de Nancy). Campagne nationale de mesure de l'occurrence de composés émergents dans les eaux destinées à la consommation humaine. Anses, 2023.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Rapport d'appui scientifique et technique de mars 2023 (campagne 2020-2022) : environ 300 couples d'échantillons d'eau brute et d'eau traitée, représentant environ 20 % de la population desservie. 157 pesticides et métabolites recherchés, 89 quantifiés au moins une fois. Le métabolite R471811 du chlorothalonil (substance interdite en France depuis 2020) est le plus souvent quantifié (plus d'un échantillon sur deux) et dépasse la limite de qualité de 0,1 µg/l dans 34 % des échantillons (102), avec un maximum de 2,0 µg/l. Aucun dépassement des valeurs sanitaires maximales (Vmax). Les traitements classiques éliminent très peu ce métabolite. Texte intégral lu.

  8. 8

    Talepour N., Hadi M., Nasseri S. et al. Isolation, identification and reviewing the health effect of HPC bacteria in household point-of-use (PoU) water treatment devices : a case study, Ahvaz, Iran. Journal of Environmental Health Science & Engineering, 2021.

    Étude transversale · accès libre

    DOI 10.1007/s40201-020-00577-7 (site externe, nouvel onglet)PubMed 34150218 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Étude de terrain dans une ville d'Iran : dans des purificateurs domestiques installés sur le réseau, le nombre de bactéries augmente au fil du mois d'utilisation, jusqu'à dépasser dans l'eau filtrée la valeur repère de 500 unités par millilitre, en moyenne dix fois plus qu'à l'entrée. Plusieurs souches sont des bactéries opportunistes, à risque pour les personnes immunodéprimées. Les auteurs concluent qu'il faut remplacer régulièrement les filtres. Étude locale, à ne pas généraliser. Résumé lu.

  9. 9

    Anses. Carafes filtrantes : l'Anses rappelle les règles de bon usage. Anses, 2017.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Page du 13 mars 2017 : respecter le mode d'emploi et les précautions d'usage (nettoyage, remplacement régulier de la cartouche, nourrissons, avis médical en cas de régime pauvre en sodium ou en potassium) ; conserver la carafe et son eau au réfrigérateur ; consommer l'eau filtrée rapidement, idéalement dans les 24 heures ; se méfier des revendications d'efficacité. Les carafes ne sont pas conçues pour rendre potable une eau qui ne l'est pas. Page lue.

  10. 10

    Agence régionale de santé Grand Est. Eau du robinet. ARS Grand Est, 2026.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Page d'information : pour éliminer un éventuel goût de chlore, laisser l'eau du robinet quelques heures dans une carafe ouverte au réfrigérateur ; utiliser l'eau froide du réseau pour la boisson, la préparation et la cuisson des aliments. Page lue.

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