Environnement et santé

Faut-il boire l'eau du robinet ?

En conclusion

Oui, en général. En France, l'eau du robinet est très contrôlée et sa qualité microbiologique est bonne presque partout. Les dépassements pour les pesticides sont réels, mais ils concernent surtout des résidus récemment recherchés, restés sous les valeurs sanitaires. Rien ne montre que l'eau en bouteille soit plus sûre. Les effets des mélanges de résidus restent mal connus, et les résultats de chaque commune sont publics.

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Par La rédaction d’Après Vérification
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Ce qu’on entend

L'eau du robinet serait polluée par les pesticides et dangereuse à boire : mieux vaudrait boire de l'eau en bouteille, ou la filtrer.

Une idée relancée par les bilans officiels, qui montrent davantage d'eau « non conforme » pour les pesticides depuis 2021.

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : depuis 2021, une part plus grande de la population reçoit une eau qui dépasse, au moins une fois dans l'année, la limite de qualité pour les pesticides[1].
  • Mais cette limite n'est pas un seuil de toxicité : c'est un repère réglementaire fixé dans les années 1970, distinct des valeurs sanitaires[2].
  • Dans la campagne nationale de l'Anses, aucun pesticide ni métabolite ne dépassait les valeurs sanitaires[3].
  • La qualité microbiologique est bonne : en 2023, 98,5 % des prélèvements étaient conformes, un peu moins dans les très petites communes[4].
  • Rien ne montre que l'eau en bouteille soit plus sûre : elle contient elle aussi des microplastiques, et les méthodes de mesure varient trop d'une étude à l'autre pour comparer les deux eaux[5].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Qualité microbiologique

    Solidité des preuves : Qualité microbiologique : Élevée

    Contrôle sanitaire national de plusieurs milliers de services : 98,5 % des prélèvements conformes en 2023, un peu moins dans les très petites communes.[4]

  • Pesticides au regard des valeurs sanitaires

    Solidité des preuves : Pesticides au regard des valeurs sanitaires : Modérée

    Campagne nationale de l'Anses : aucune valeur sanitaire dépassée, mais des eaux représentant environ 20 % de la population et des valeurs fixées molécule par molécule.[2][3]

  • Effets des mélanges de résidus

    Solidité des preuves : Effets des mélanges de résidus : Très faible

    Non évalués : les valeurs sanitaires ne tiennent pas compte des mélanges, dont les effets restent méconnus selon le Haut Conseil de la santé publique.[2]

  • Microplastiques, robinet et bouteille

    Solidité des preuves : Microplastiques, robinet et bouteille : Faible

    Présence confirmée dans les deux, avec des méthodes très variables ; effets sur la santé non établis aux niveaux actuels selon l'OMS.[5][8][9]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Une eau très surveillée

L'eau du robinet fait l'objet d'un contrôle sanitaire par les agences régionales de santé, à une fréquence qui dépend du nombre d'habitants desservis. En 2023, 98,5 % des prélèvements analysés pour la microbiologie, c'est-à-dire la présence de bactéries pathogènes, étaient conformes, et 98,7 % pour les paramètres physico-chimiques. Les résultats microbiologiques sont un peu moins bons dans les très petits services, de moins de 1 000 habitants, avec 94 % de conformité[4]. Les résultats du contrôle sont publiés commune par commune[6].

Pesticides : que veut dire « non conforme » ?

En 2023, 74,7 % de la population a reçu une eau conforme en permanence aux limites de qualité pour les pesticides, et 71,5 % en 2024, contre 94,1 % en 2020. Cette baisse tient surtout à de nouvelles molécules recherchées depuis 2021, probablement présentes depuis des années[1]. La limite de qualité, 0,1 µg/l par substance, ne repose pas sur une démonstration toxicologique : c'est un consensus d'experts européens des années 1970. Les valeurs sanitaires, elles, sont établies à partir des données de toxicité, molécule par molécule[2].

Dans la campagne nationale de l'Anses, menée de 2020 à 2022 sur des eaux desservant environ 20 % de la population, 89 des 157 pesticides et métabolites recherchés ont été retrouvés au moins une fois. Le plus fréquent, un métabolite du chlorothalonil, un fongicide interdit en France depuis 2020, dépassait la limite de qualité dans 34 % des échantillons ; aucune valeur sanitaire n'était dépassée[3]. En avril 2024, l'Anses a reclassé ce métabolite comme « non pertinent » pour l'eau potable, en s'appuyant notamment sur des données fournies par l'ancien titulaire des autorisations du fongicide[7]. La plupart de ses dépassements seraient aujourd'hui jugés conformes[4].

Ce qui reste incertain

Les valeurs sanitaires sont fixées molécule par molécule et ne tiennent pas compte des mélanges. Le Haut Conseil de la santé publique juge une dérogation d'autant moins acceptable que l'eau contient de nombreux contaminants, dont les effets en mélange restent méconnus[2]. Les traitements classiques éliminent très mal certains métabolites : seuls des traitements plus poussés, comme l'osmose inverse ou certains charbons actifs, ont une efficacité[3].

Et l'eau en bouteille ?

Une revue de 12 études trouve des microplastiques dans toutes les eaux testées, du robinet comme en bouteille ; le maximum relevé est de 628 particules par litre au robinet et de 4 889 en bouteille, mais les méthodes de mesure varient trop d'une étude à l'autre pour combiner leurs résultats[5]. Une étude de 2024, avec une technique plus sensible, estime à environ 240 000 le nombre de particules de plastique par litre d'eau en bouteille, surtout des nanoplastiques[8]. Selon l'Organisation mondiale de la santé, les microplastiques de l'eau de boisson ne semblent pas présenter de risque pour la santé aux niveaux actuels, mais les connaissances restent limitées[9]. La présence de microplastiques ne suffit donc pas à dire qu'une eau est plus risquée qu'une autre. Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Comment connaître la qualité de l'eau de ma commune ?

Les résultats du contrôle sanitaire sont publics : le ministère chargé de la santé les publie commune par commune, sur une carte interactive[6]. Les prélèvements sont réalisés par les agences régionales de santé, le plus souvent directement au robinet des habitants[4].

Une eau « non conforme » est-elle dangereuse ?

Pas forcément : dépasser la limite de qualité ne veut pas dire dépasser une valeur sanitaire. Le Haut Conseil de la santé publique demande toutefois de ramener l'eau à la conformité le plus vite possible et de tenir compte des mélanges de contaminants[2]. Dans la campagne nationale de l'Anses, aucune valeur sanitaire n'était dépassée[3].

L'eau en bouteille est-elle plus sûre ?

Rien ne le montre. Elle contient elle aussi des microplastiques ; une revue relève les maximums les plus élevés en bouteille, mais avec des méthodes de mesure trop variables pour une comparaison rigoureuse[5]. Une technique récente y compte même environ 240 000 particules par litre, surtout des nanoplastiques[8], dont les effets sur la santé ne sont pas connus.

Les carafes filtrantes sont-elles utiles ?

Leur efficacité réelle ne peut pas être évaluée avec les données disponibles. Selon l'Anses, la filtration peut abaisser le pH, libérer de l'argent ou du sodium et dégrader la qualité microbiologique de l'eau, sans risque démontré pour la santé[10].

Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

10 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations1
  • Essais randomisés et rapports institutionnels8
  • Autres : revues narratives, cas, animal, in vitro, avis1

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Eaufrance (d'après le ministère chargé de la santé). Part de la population alimentée par une eau conforme au regard des pesticides en 2023. Eaufrance, 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Chiffre clé tiré de la synthèse 2023 du ministère chargé de la santé (« La qualité de l'eau du robinet en France », publiée le 1er décembre 2024 ; données SISE-Eaux, DGS et ARS ; page mise à jour le 24 avril 2025). 74,7 % de la population alimentée en 2023 par une eau conforme en permanence aux limites de qualité pour les pesticides (0,1 µg/l par molécule, 0,5 µg/l pour la somme), contre 94,1 % en 2020, 82,6 % en 2021, 84,6 % en 2022 et 71,5 % en 2024. Les dépassements tiennent à de nouvelles molécules recherchées depuis 2021, probablement présentes depuis des années, surtout le métabolite R471811 du chlorothalonil et deux métabolites de la chloridazone. Page lue.

  2. 2

    Haut Conseil de la santé publique. Avis relatif à la gestion des risques sanitaires liés à la présence de pesticides et leurs métabolites dans les eaux destinées à la consommation humaine. HCSP, 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 16 janvier 2025. La limite de qualité de 0,1 µg/l par pesticide ou métabolite pertinent (0,5 µg/l pour la somme) ne repose pas sur une démonstration toxicologique, mais sur un consensus historique d'experts européens des années 1970 ; elle définit la « non-conformité ». Les valeurs sanitaires maximales (Vmax) sont des valeurs toxicologiques établies par l'Anses, molécule par molécule, sans tenir compte des mélanges. Le HCSP ne voit pas d'autre possibilité de dérogation que l'incertitude de mesure, et juge une dérogation d'autant moins acceptable que l'eau contient de nombreux contaminants dont les effets en mélange sont méconnus. Texte intégral lu.

  3. 3

    Anses (Laboratoire d'hydrologie de Nancy). Campagne nationale de mesure de l'occurrence de composés émergents dans les eaux destinées à la consommation humaine. Anses, 2023.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Rapport d'appui scientifique et technique de mars 2023 (campagne 2020-2022) : environ 300 couples d'échantillons d'eau brute et d'eau traitée, représentant environ 20 % de la population desservie. 157 pesticides et métabolites recherchés, 89 quantifiés au moins une fois. Le métabolite R471811 du chlorothalonil (substance interdite en France depuis 2020) est le plus souvent quantifié (plus d'un échantillon sur deux) et dépasse la limite de qualité de 0,1 µg/l dans 34 % des échantillons (102), avec un maximum de 2,0 µg/l. Aucun dépassement des valeurs sanitaires maximales (Vmax). Les traitements classiques éliminent très peu ce métabolite. Texte intégral lu.

  4. 4

    Office français de la biodiversité. Observatoire national des services publics d'eau et d'assainissement : rapport Sispea 2023. Office français de la biodiversité (services.eaufrance.fr), 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Treizième rapport de l'observatoire national des services publics d'eau et d'assainissement, données 2023 (indicateurs produits par le ministère chargé de la santé à partir du contrôle sanitaire des ARS). Conformité microbiologique des prélèvements : 98,5 % en moyenne nationale, médiane 100 % (le résumé du rapport indique 98,4 %) ; conformité physico-chimique : 98,7 %. Résultats microbiologiques moins bons dans les très petits services (moins de 1 000 habitants) : 94 %. Les évolutions de la conformité physico-chimique tiennent surtout à une meilleure surveillance (nouvelles molécules recherchées) plutôt qu'à une dégradation de l'eau ; le métabolite R471811 du chlorothalonil, reclassé non pertinent en avril 2024, est à l'origine de la plupart des dépassements, qui seraient aujourd'hui considérés conformes. Texte du chapitre lu.

  5. 5

    Danopoulos E., Twiddy M., Rotchell J.M. Microplastic contamination of drinking water : A systematic review. PLoS One, 2020.

    Revue systématique · accès libre

    DOI 10.1371/journal.pone.0236838 (site externe, nouvel onglet)PubMed 32735575 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Revue systématique de 12 études (6 sur l'eau du robinet, 6 sur l'eau en bouteille) : toutes trouvent des microplastiques. Maximum relevé de 628 particules par litre au robinet et de 4 889 en bouteille, en Europe ; méthodes très variables, méta-analyse impossible. Les auteurs recommandent le principe de précaution et des protocoles standardisés. Résumé lu.

  6. 6

    Eaufrance. Publication des bilans 2023 sur la qualité de l'eau du robinet en France. Eaufrance, 2025.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Annonce du 20 janvier 2025 des bilans 2023 du ministère chargé de la santé (synthèse générale, nitrates, pesticides) ; renvoie à la carte interactive du ministère, qui donne les résultats du contrôle sanitaire commune par commune. Page lue.

  7. 7

    Anses. Avis relatif à l'examen du classement de la pertinence pour le métabolite R417888 du chlorothalonil et au réexamen du classement de la pertinence pour le métabolite R471811 du chlorothalonil dans les eaux destinées à la consommation humaine. Anses, 2024.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 29 avril 2024 (saisines 2023-SA-0041-a et 2023-SA-0142-a). Le métabolite R471811, jugé pertinent en 2022 faute de données, est reclassé « non pertinent » : il ne partage très probablement pas le mode d'action toxique pour le rein du chlorothalonil. L'expertise s'appuie notamment sur de nouvelles données fournies par l'ancien titulaire des autorisations de produits à base de chlorothalonil. Le métabolite R417888 est classé pertinent, un potentiel génotoxique ne pouvant être exclu. Texte intégral lu.

  8. 8

    Qian N., Gao X., Lang X. et al. Rapid single-particle chemical imaging of nanoplastics by SRS microscopy. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 2024.

    Autre · accès libre

    DOI 10.1073/pnas.2300582121 (site externe, nouvel onglet)PubMed 38190543 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Nouvelle technique d'imagerie (microscopie Raman stimulée) appliquée à l'eau en bouteille : environ 240 000 particules de plastique par litre (± 130 000), dont environ 90 % de nanoplastiques (moins d'un micromètre), soit des ordres de grandeur de plus que les microplastiques comptés auparavant. Mesure de présence, sans évaluation d'effet sur la santé. Résumé lu.

  9. 9

    Organisation mondiale de la santé. WHO calls for more research into microplastics and a crackdown on plastic pollution. OMS, 2019.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Communiqué du 22 août 2019 accompagnant le rapport de l'OMS sur les microplastiques dans l'eau de boisson : selon l'OMS, les microplastiques de l'eau de boisson ne semblent pas présenter de risque pour la santé aux niveaux actuels, mais les connaissances sont limitées et davantage de recherches sont nécessaires. Communiqué lu ; rapport complet non accessible depuis l'environnement de recherche.

  10. 10

    Anses. Avis relatif à l'évaluation de l'innocuité et l'efficacité des carafes filtrantes. Anses, 2016.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Avis du 19 octobre 2016 (saisine 2015-SA-0083). Les données ne permettent pas d'attester d'un risque pour la santé, mais la filtration peut abaisser le pH, libérer de l'argent, du sodium, du potassium ou de l'ammonium et altérer la qualité microbiologique de l'eau pendant tout ou partie de la durée de vie de la cartouche. L'efficacité réelle des carafes ne peut pas être évaluée avec les données disponibles. Texte intégral lu.

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Thème : Environnement et santé

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