Nutrition

Sommes-nous tous carencés en vitamine D ?

En conclusion

Non. En France en 2015, 6,5 % des adultes avaient une carence (moins de 10 ng/ml) et un tiers un taux sous 20 ng/ml : les taux bas sont fréquents, mais le « presque tous » vient d'un seuil de 30 ng/ml, dont l'intérêt n'est pas établi. Les taux baissent bien en hiver et l'alimentation en apporte peu, mais un supplément pour tous n'est pas recommandé : il l'est pour les enfants et certaines personnes à risque.

Auteur
Par La rédaction d’Après Vérification
Sources revues le
Temps de lecture
Lecture : 5 min

Ce qu’on entend

Nous serions presque tous carencés en vitamine D, faute de soleil en hiver : tout le monde devrait donc en prendre.

Une idée très répandue, nourrie par les bilans sanguins où la vitamine D apparaît souvent « insuffisante ».

Ce que dit la science

Ce que montrent les études, point par point.

  • Ce qui est juste : l'alimentation apporte peu de vitamine D, environ 3,1 µg par jour chez les adultes pour une référence de 15 µg[1], et les taux très bas sont deux fois plus fréquents en hiver, d'après des données européennes[2].
  • La carence, définie dans l'étude comme un taux sous 10 ng/ml, touchait 6,5 % des adultes en France en 2015, et un tiers (34,5 %) avaient un taux sous 20 ng/ml ; Santé publique France n'y voit pas de carence à grande échelle[3].
  • Le « presque tous » vient d'un seuil de 30 ng/ml, sous lequel se trouvaient 72,9 % des adultes[3]. Un comité d'experts américain juge que 20 ng/ml suffisent à presque toute la population[4], mais aucun seuil optimal n'est clairement établi[5].
  • Certaines personnes sont plus exposées au manque : personnes âgées, nourrissons, femmes enceintes, peaux foncées, régimes sans produits animaux[1].
  • Pour les adultes en bonne santé de moins de 75 ans, ni supplément systématique ni dosage en routine ne sont recommandés[5] ; en France, la supplémentation est recommandée de la naissance à 18 ans[6].

Solidité des preuves, effet par effet

  • Fréquence de la carence en France

    Solidité des preuves : Fréquence de la carence en France : Élevée

    Enquêtes nationales représentatives, dosages par spectrométrie de masse : 6,5 % des adultes sous 10 ng/ml en 2015 ; données datant de 2015.[3][7]

  • Baisse des taux en hiver

    Solidité des preuves : Baisse des taux en hiver : Élevée

    Dosages standardisés chez 55 844 Européens : taux très bas deux fois plus fréquents d'octobre à mars.[2]

  • Seuil d'un taux suffisant

    Solidité des preuves : Seuil d'un taux suffisant : Faible

    Seuils différents selon les experts (20 ou 30 ng/ml) ; pas de seuil optimal clairement établi pour prévenir les maladies.[4][5]

  • Supplément pour tous les adultes

    Solidité des preuves : Supplément pour tous les adultes : Modérée

    Recommandation fondée sur des essais randomisés : pas de bénéfice au-delà des apports de référence chez les adultes en bonne santé de moins de 75 ans.[5]

Ces niveaux décrivent les études disponibles. Comment nous l'évaluons

Pour comprendre

Les notions utiles pour lire ces résultats.

Tout dépend du seuil

Le taux de vitamine D se mesure dans le sang (25-hydroxyvitamine D). Dans l'enquête nationale Esteban, sur 2 344 adultes dosés en 2015, 6,5 % étaient sous 10 ng/ml, le seuil de la carence, 28,0 % entre 10 et 20 ng/ml, 38,4 % entre 20 et 30 ng/ml, et 26,7 % seulement au-dessus de 30 ng/ml, un seuil que le rapport qualifie d'« adéquat ». Selon le seuil choisi, on peut donc dire que 6,5 %, 34,5 % ou 72,9 % des adultes manquent de vitamine D[3]. Un comité de l'Institute of Medicine américain a fixé les apports recommandés pour atteindre au moins 20 ng/ml, un taux qui couvre les besoins d'au moins 97,5 % de la population ; il a jugé que la fréquence de l'insuffisance avait été surestimée et demandé de revoir les valeurs de référence des laboratoires[4]. Aucun de ces seuils ne fait consensus : la recommandation de l'Endocrine Society de 2024 ne trouve pas de preuve claire d'un taux optimal pour prévenir les maladies[5].

Ce que montrent les enquêtes françaises

En 2006-2007, une première enquête trouvait 4,8 % d'adultes sous 10 ng/ml ; ces déficits sévères touchaient surtout des personnes nées hors d'Europe, vivant seules ou ne partant pas en vacances[7]. En 2015, la carence restait rare, mais elle avait presque triplé chez les hommes de 55 à 74 ans, passant de 3,1 % à 8,8 %, tandis que le statut des femmes s'était amélioré. Santé publique France conclut qu'il n'existe pas « de déficit important ou de carence à grande échelle au sein de la population française, qui nécessiterait la mise en œuvre de politiques de santé publique de grande envergure[3] ». Ces données datent de 2015 : nous n'en avons pas trouvé de plus récentes.

L'hiver, le soleil et l'assiette

Les taux baissent en hiver : en Europe, 17,7 % des personnes avaient un taux très bas, sous 30 nmol/l (environ 12 ng/ml), d'octobre à mars, contre 8,3 % pendant la période estivale ; c'était beaucoup plus fréquent chez les personnes à peau foncée[2]. L'alimentation en apporte peu : 3,1 µg par jour en moyenne chez les adultes, pour une référence de 15 µg définie sans compter le soleil. Selon l'Anses, 15 à 20 minutes au soleil en fin de matinée ou l'après-midi assurent un apport journalier suffisant, et un statut satisfaisant est possible par le soleil et l'alimentation ; les poissons gras, les produits enrichis et le jaune d'œuf en sont de bonnes sources[1].

Qui devrait en prendre ?

En France, la supplémentation est recommandée dès les premiers jours de vie et jusqu'à 18 ans[6]. L'Anses cite aussi comme populations à risque les personnes âgées, les femmes enceintes ou ménopausées, les peaux mates ou foncées et les régimes sans produits animaux ; elle rappelle qu'un excès peut provoquer une hypercalcémie, avec des atteintes du cœur et des reins[1]. La recommandation de l'Endocrine Society de 2024 suggère un supplément de 1 à 18 ans, après 75 ans, pendant la grossesse et en cas de prédiabète à haut risque, mais le déconseille au-delà des apports de référence chez les adultes en bonne santé de moins de 75 ans, et déconseille le dosage en routine[5]. La Haute Autorité de santé ne reconnaît pas non plus d'utilité au dosage en routine[8]. Pour savoir si un supplément protège de maladies, voir la fiche « Faut-il prendre de la vitamine D ? ». Ce site ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Des réponses courtes aux questions les plus courantes.

Mon bilan dit « insuffisant » : suis-je carencé ?

Pas forcément. Dans l'enquête nationale, « insuffisance » désigne un taux entre 20 et 30 ng/ml, et la carence un taux sous 10 ng/ml[3]. Pour un comité d'experts américain, 20 ng/ml couvrent les besoins de presque toute la population[4]. Votre médecin reste le mieux placé pour interpréter un résultat.

Faut-il se faire doser ?

En général, non : la Haute Autorité de santé ne reconnaît pas d'utilité au dosage en routine et le réserve à quelques situations[8]. L'Endocrine Society le déconseille aussi, y compris en cas d'obésité ou de peau foncée[5].

Le soleil d'hiver suffit-il ?

Les taux baissent en hiver, mais les taux très bas restent minoritaires : en Europe, 17,7 % des personnes en avaient d'octobre à mars, contre 8,3 % pendant la période estivale[2]. L'Anses rappelle que l'alimentation, avec les poissons gras et les produits enrichis, complète le soleil[1].

Peut-on prendre trop de vitamine D ?

Oui. Un excès peut provoquer une hypercalcémie, avec des atteintes du cœur et des reins[1] ; chez de jeunes enfants, des surdosages liés à des compléments alimentaires ont été signalés[6].

Sources

Les études et les institutions sur lesquelles s'appuie cette fiche.

8 sources consultées

Sur quoi repose cette ficheClassées selon la hiérarchie des preuves
  • Synthèses et recommandations3
  • Essais randomisés et rapports institutionnels4
  • Études d'observation et essais non randomisés1

Numérotées dans l'ordre de lecture. Le signe ↗ indique un lien vers un autre site.

  1. 1

    Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ?. Anses, 2022.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Page du 2 mars 2022 : « la majorité des Français n'en consomme pas suffisamment ». Deux voies : le soleil (15 à 20 minutes en fin de matinée ou l'après-midi assurent un apport journalier suffisant) et l'alimentation (poissons gras, produits enrichis, jaune d'œuf…). Référence nutritionnelle de 15 µg/j pour les adultes, définie sans tenir compte du soleil ; apports alimentaires moyens de 3,1 µg/j chez les adultes (Inca 3). Populations à risque : personnes âgées, nouveau-nés et nourrissons, femmes enceintes ou ménopausées, peaux mates ou foncées, régimes sans produits animaux, malabsorption. Un statut satisfaisant est possible par le soleil et l'alimentation ; supplément nécessaire pour certaines populations comme les nouveau-nés. Excès : hypercalcémie, atteintes cardiaques et rénales. Page lue.

  2. 2

    Cashman K.D., Dowling K.G., Škrabáková Z. et al. Vitamin D deficiency in Europe : pandemic ?. American Journal of Clinical Nutrition, 2016.

    Étude transversale · accès libre

    DOI 10.3945/ajcn.115.120873 (site externe, nouvel onglet)PubMed 26864360 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    14 enquêtes de population européennes, dosages standardisés, 55 844 personnes. 13,0 % sous 30 nmol/l (environ 12 ng/ml) en moyenne sur l'année : 17,7 % d'octobre à mars, 8,3 % d'avril à novembre. Sous 50 nmol/l (20 ng/ml), autre définition proposée : 40,4 %. Prévalence sous 30 nmol/l 3 à 71 fois plus élevée chez les personnes à peau foncée. Résumé et notes de l'article lus.

  3. 3

    Santé publique France. Étude de santé sur l'environnement, la biosurveillance, l'activité physique et la nutrition (Esteban 2014-2016). Volet Nutrition. Chapitre Dosages biologiques : vitamines et minéraux. Santé publique France, 2019.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Rapport de décembre 2019 ; échantillon national représentatif d'adultes de 18 à 74 ans (dosage disponible pour 2 344 adultes en 2015, par spectrométrie de masse). Seuils retenus : carence < 10 ng/ml, déficit modéré 10-20, insuffisance 20-30, « seuil adéquat » ≥ 30 ng/ml. Carence : 6,5 % des adultes ; déficit modéré : 28,0 % ; insuffisance : 38,4 % ; seuil adéquat : 26,7 %. Concentration moyenne : 24,4 ng/ml. Évolution depuis 2006 : carence en hausse chez les hommes de 55 à 74 ans (3,1 % à 8,8 %), statut amélioré chez les femmes, surtout de 55 à 74 ans. Conclusion : pas de « déficit important ou de carence à grande échelle au sein de la population française, qui nécessiterait la mise en œuvre de politiques de santé publique de grande envergure ». Texte intégral lu (chapitre vitamine D).

  4. 4

    Ross A.C., Manson J.E., Abrams S.A. et al. The 2011 report on dietary reference intakes for calcium and vitamin D from the Institute of Medicine : what clinicians need to know. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2011.

    Recommandation de pratique · accès libre

    DOI 10.1210/jc.2010-2704 (site externe, nouvel onglet)PubMed 21118827 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Apports recommandés de 600 UI/j de 1 à 70 ans et 800 UI/j après 71 ans, correspondant à un taux de 25(OH)D d'au moins 20 ng/ml (50 nmol/l), qui couvre les besoins d'au moins 97,5 % de la population. Des taux plus élevés ne sont pas associés de façon constante à plus de bénéfices. Le comité conclut que la fréquence de l'insuffisance en vitamine D en Amérique du Nord a été surestimée et appelle à revoir les valeurs de référence des laboratoires. Résumé lu.

  5. 5

    Demay M.B., Pittas A.G., Bikle D.D. et al. Vitamin D for the Prevention of Disease : An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2024.

    Recommandation de pratique

    DOI 10.1210/clinem/dgae290 (site externe, nouvel onglet)PubMed 38828931 (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Recommandation de l'Endocrine Society (méthode GRADE). Supplémentation empirique suggérée de 1 à 18 ans, à partir de 75 ans, pendant la grossesse et en cas de prédiabète à haut risque. Déconseillée au-delà des apports de référence chez les adultes en bonne santé de moins de 75 ans. Dosage de la 25(OH)D en routine déconseillé dans toutes les populations étudiées, y compris en cas d'obésité ou de peau foncée ; pas de seuil optimal clairement établi pour prévenir les maladies. Résumé lu.

  6. 6

    Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage. ANSM, 2021.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Publié le 27 janvier 2021, mis à jour le 17 mars 2021. « La supplémentation en vitamine D est recommandée en France dès les premiers jours de vie afin de prévenir le rachitisme ; cette supplémentation doit être poursuivie pendant toute la phase de croissance et de minéralisation osseuse, c'est-à-dire jusqu'à 18 ans. » Des surdosages chez de jeunes enfants, liés à des compléments alimentaires enrichis en vitamine D, ont causé des hypercalcémies pouvant atteindre les reins. Conseils : privilégier les médicaments, vérifier la quantité de vitamine D par goutte, ne pas multiplier les produits. Texte intégral lu.

  7. 7

    Santé publique France (Bulletin épidémiologique hebdomadaire). Statut en vitamine D de la population adulte en France : l'Étude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007). Santé publique France, 2012.

    Rapport institutionnel · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    BEH 2012, n° 16-17, p. 189-194 (Vernay M, Sponga M, Salanave B et al.). 1 587 adultes sans traitement de vitamine D : moyenne 23,0 ng/ml ; 80,1 % sous 30 ng/ml, 42,5 % sous 20 ng/ml, 4,8 % sous 10 ng/ml. Déficit associé à une naissance hors d'Europe, à l'absence de vacances, à une faible activité physique, à la sédentarité et à une région peu ensoleillée. Conclusion : déficits sévères peu fréquents, concentrés dans des populations vulnérables ; déficits modérés fréquents. Résumé lu.

  8. 8

    Haute Autorité de santé (HAS). La HAS ne reconnaît pas d'utilité au dosage de vitamine D en routine. HAS, 2013.

    Recommandation de pratique · accès libre

    Consulter la source (site externe, nouvel onglet)Consultée le

    Communiqué du 30 octobre 2013 accompagnant le rapport « Utilité clinique du dosage de la vitamine D » : « Doser la vitamine D ne présente aucune utilité démontrée dans un grand nombre de situations cliniques » (mortalité, chutes, cancers, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, maladies infectieuses…). Dosage réservé au diagnostic du rachitisme et de l'ostéomalacie, aux personnes âgées faisant des chutes répétées, à certains traitements de l'ostéoporose, après une greffe de rein ou une chirurgie de l'obésité. Le travail « n'a pas porté sur l'intérêt d'un traitement par vitamine D, ni sur les doses à utiliser ». Texte intégral lu.

Pour aller plus loin

Nos décryptages et nos thèmes sur le même sujet.

Thème : Nutrition

Haut de page